Boucherie double
Un an après l'arnaque Hostel, Roth revoit sa copie pour une suite dans la continuité de son précédent volet tout en changeant considérablement sa structure scénaristique. Du coup, sans hurler au génie, Hostel 2 parvient à être le premier bon film du nouveau protégé de Tarantino...
Ceux qui ont lu les critiques de
Cabin Fever et
Hostel savent ce que je pense d'Eli Roth. Opportuniste et immature, bien que le garçon sache tenir un minimum sa caméra et ne soit pas des plus antipathiques (il n'y a qu'a voir sa fausse bande annonce de Thanksgiving, vraiment fun et fendard), il fait partie de ces réalisateurs décevants mais pas énervants. Considéré comme un nouveau prodige du cinéma d'horreur, titre décerné un peu hâtivement suite à
Cabin Fever, Roth n'a fait qu'utiliser de grosses ficelles du cinéma d'horreur en les imbriquant assez mal à la comédie pour ne nous pondre finalement que des films oubliables malgré des intentions plus qu'alléchantes. C'est dire à quel point la mise en chantier d'Hostel 2 constituait un non-évènement à coté de films horrifiques beaucoup plus réussis qui nous ont été offerts ces derniers temps.
Cependant, à la vue de la bête, il semble évident que Roth progresse doucement mais sûrement. Oubliez le sous
American Pie vendu comme le film le plus extrême de l'année dernière, Hostel 2 charcle vraiment et corrige en partie les erreurs du premier volet.
Die Very Hard
L'élément le plus intéressant du 1 était sans doute cette organisation du crime où des riches pouvaient acheter, torturer et tuer des êtres humains sans être inquiétés de représailles. Elément survolé (et encore le mot est faible) au profit de post adolescents crétins, Hostel 2 en fait cette fois la pièce centrale du récit, l'approfondit, en dévoile les diverses couches et permet donc d'avoir une exposition certes aussi longue mais plus intéressante que son prédécesseur. En suivant en parallèle les futurs bourreaux et victimes avant leurs confrontations, le film gagne en dynamisme et en intérêt. Un intérêt malheureusement limité par le manque de profondeur des personnages principaux jusqu'à la dernière demi-heure du film jouant la carte de l'ambiguïté morale, où les rôles s'inversent pour enfin donner un peu d'épaisseur aux protagonistes. En passant d'un groupe d'hommes à un groupe de femmes, le film devient moins potache et installe par moments une atmosphère assez sympathique.
L'affiche d'Hostel 2 nous promet du gore bien dégeu, et si les scènes du genre sont peu nombreuses, elles ont pour avantages d'être vraiment marquantes car englobées dans une atmosphère bien gothique (la première victime aura le droit à une mort gratinée, dans une scène renvoyant directement au cinéma d'horreur italien des années 70). La mise en scène est donc mieux élaborée, plus atmosphérique, et Hostel 2 gagne donc en honnêteté malgré des défauts bien visibles. Roth marque un dernier point par l'humour noir bien saignant éclatant la ou on ne l'attendait pas forcément. Nul doute à la vue du final que le metteur en scène ne s'est pas complètement remis de son expérience dans le
Grindhouse du duo Tarantino-Rodriguez, et c'est tant mieux car le film gagne en maturité tout en étant décomplexé d'un bout à l'autre. Sans être le film de la consécration, Hostel 2 parvient à rendre son réalisateur intéressant et fait enfin espérer un avenir meilleur pour l'un des petits nouveaux du cinéma d'horreur hollywoodien...