Braquage à l'américaine
Un film de commande entre les mains d'un des réalisateurs les plus politisés et en marge d'Hollywood, un casting prodigieux. Le mélange parfait pour le « braquage » de l'année.
Spike Lee à la barre d'un « gros » film hollywoodien avait de quoi inquiéter surtout connaissant la carrière du bonhomme. De Do the right thing à La 25ème heure en passant par Malcolm X, le cinéaste lorgnait plutôt du coté du film contestataire, engagé et militant pour la cause afro américaine, tout ce que Inside man ne représentait pas sur le papier préférant plutôt le film de braquage avec rebondissements en série, twist final et casting solide. Quelque chose qui tient plus de Usual suspects ou de Ocean eleven que du brûlot politique.
Le crime était (presque) parfait
Au final, bien que respectant à la lettre le cahier des charges, Inside man est bel est bien un film de Lee. On y retrouve sa ville (New York), sa population multiculturelle, le problème de racisme, les plaies encore ouvertes du 11 septembre. On pense à La 25eme heure justement même si Inside man n'a pas la tristesse et la profondeur du bouleversant chef d'œuvre de Lee.
Disons que la toile de fond sert avantageusement le sujet et c'est avec un véritable plaisir que l'on suit les 2 heures de métrage malgré quelques longueurs liées au fait que pas mal de rebondissements dans la première heure sont éventées a cause d une bande annonce trop explicite. Ceux qui l'auront vu auront sûrement pas mal d avances sur les braqueurs ET sur la police les autres devraient profiter pleinement du voyage…
Le twist n'est pas vertigineux mais expose une dernière partie surprenante, les acteurs (Washington dont c'est le troisième film avec Lee est toujours excellent, Owen qui est en train de devenir une référence incontournable, Foster trop rare) contribuent fortement au plaisir et Lee comprenant pleinement le langage cinématographique, boucle la boucle par une mise en scène sans faille.
Alors oui, il ne s'agit pas du meilleur film du cinéaste et oui comme le braquage, le film est une mécanique parfaitement pensée et huilée pour braquer le box-office, mais il en faut bien plus pour empêcher un des plus talentueux metteur en scène américain actuel de transcender son sujet de base et surtout il en faudra bien plus pour empêcher le spectateur de trouver son bonheur devant un divertissement intelligent.