Les neveux flingueurs
Avec une affiche qui semble à la fois forte en symboles et faire un pied de nez au
Réussir ou Mourir de Jim Sheridan, le dernier film de Samuel Benchetrit intrigue…
Le film commence sur une petite aire d'autoroute, devant un resto routier. Edouard Baer sort de sa voiture, un collant sur la tête, les doigts pointés en avant dans sa poche pour faire comme si il avait un pistolet. Par manque de visibilité (et de bol), BIM, il se prend un poteau.
Par un gag de cinéma burlesque (certes déjà vu dans
Severance) démarre le film français le plus à part de ce début d'année. Quatre portraits de ratés près à tout pour devenir des gangsters, des plans foireux, des criminels à la retraite pleins de nostalgie et une caméra qui filme efficacement leurs parcours. On commençait à désespérer, et Samuel Benchetrit (
Janis et John) tape fort là où on ne l'attendait pas : une comédie de gangsters virant du muet burlesque aux dialogues inspirés en un claquement de doigt, utilisant tout le langage que le cinéma peut offrir. On ne pensait plus voir une comédie française aussi classe et bien réalisée (OSS 117 et
Enfermés Dehors ont déjà 2 ans…). J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film à la fois plein de références et personnel.
French Fiction
On ne s'empêchera pas de penser au style Tarantino dans la première partie du film, avec ses dialogues fleuves, ses situations décalées et sa narration faisant intervenir chaque personnage tantôt en personnage principal, tantôt secondaire. Mais les deux réalisateurs se différencient sur un point particulier : là où l'hyperactif Quentin s'éclate à base de violence cruellement "hémoglobinée", Samuel nous gâte avec une éloge de la loose, la quintessence du pathétisme. Ses personnages sont lamentables et on les aime pour ça. Mais arrêtons là la comparaison, ce ne serait pas rendre service au réalisateur.
J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film-hommage à un cinéma français pas si mort que ça et à ses acteurs. Edouard Baer trouve enfin un rôle à sa convenance, Anna Mouglalis dégage un charme fou, Bouli Lanners et Serge Larivière forment un duo de loosers plein d'humanité, l'affrontement Arno et Alain Bashung a tout pour rester dans les mémoires, et la team old school composée par Jean Rochefort, Venantino Venantini, Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff et Roger Dumas clôt cette saga avec classe. Une surprise inattendue, par un réalisateur français fou de cinéma, qui sait filmer et faire parler ses comédiens.