Un loooong dimanche de représailles
Premier gros film français de l'année, adaptation d'une série bien de chez nous à l'instar des Brigades du tigre il y a un an,
Jacquou Le Croquant se veut un grand film d'aventures familial. Le résultat n'est pas honteux mais s'oublie illico à la sortie de la salle, ce qui est problématique pour en faire la critique…
Y'a des jours comme ça… Des jours où on va au cinéma plus pour passer le temps un jour de pluie que par véritable envie. Des jours où on décide d'aller voir le film qui ne nous parle pas vraiment, la faute à un choix assez restreint dans la programmation du multiplexe. Des jours où, comme par hasard, votre rédac' chef vous demande en plus de faire la critique de l'objet que l'on a regardé passivement. Des jours où l'on se retrouve donc devant son pc à contempler sa page Word vierge, en se demandant « damned, qu'est ce que je vais bien pouvoir dire sur ce film ?». Des jours comme aujourd'hui. Que voulez vous, y'a des jours avec et des jours sans. Laurent Boutonnat a du avoir pas mal de jours sans, derrière sa caméra. Non pas que Jacquou soit filmé avec les pieds. Non, le film est correctement cadré, les mouvements sont jolis, la photo loin d'être désagréable, les acteurs pour la plupart convaincants, et le Périgord est une très belle région (oui, j'ai été voir Jacqou parce que le tournage a eu lieu sur mon lieu de vacances voila c'est dit). Mais il manque cette passion, cette hargne, ce souffle propre à rendre captivant et un minimum épique ce récit de paysans se soulevant contre la bourgeoisie. Alors on suit ces « aventures » sans trop ronchonner, mais sans aucune excitation, comme si on s'infligeait un épisode de
Plus belle la vie sous prosac. Les yeux sur l'écran, la tête ailleurs mais la décence m'interdit de dire où.
MADE IN FRANCE
Le bas blesse du coté du scénario. Non pas qu'il soit honteux (le niveau est plus haut que chez Besson quand même) mais témoigne d'une grande incapacité bien de chez nous à écrire un film de genre familial ET trépidant, et même un film de genre tout court me direz-vous (voir
Truands). Que le récit s'articule sur l'enfance de Jacquou pendant la moitié du film est une chose (partie qui a au moins le bon ton de s'arrêter a temps avant que l'ennui poli devienne emmerdement pur), que la partie adulte se base sur deux événements principaux (une fête où les paysans et les nobles s affrontent à la danse, l'enfermement de Jacquou et son interminable évasion) et expédie à la va-vite la révolte et l'affrontement entre les clans, se limitant à 5 gardés blessés, et aucun mort (…) pose problème. Sans parler de la psychologie limitée des personnages et du manichéisme ambiant (le méchant est en effet très méchant, les gentils sont pauvres… et gentils donc, voilà, voilà). Jacquou est donc un objet vide, propre et admirablement formaté. La chanson du générique de fin, braillée par Mylène Farmer, vous indiquera la perte de temps et d'argent dont venez de faire l'expérience et vous invitera à sortir de toute urgence de la salle…