Presque légendaire
Dernier blockbuster de 2007,
Je suis une légende avait tout du produit formaté à consommer pendant les fêtes. D'où la bonne surprise que représente le film qui, s'il ne s'assume pas jusqu'au bout, surprend par son ton dépressif et son personnage sur le fil du rasoir.
Je l'avoue, je n'attendais pas vraiment cette adaptation du roman de Richard Matherson. Le fait qu'une grosse major comme la Warner mette ses billes dans un projet casse gueule et apocalyptique, en confie la direction à Francis Lawrence (donc le
Constantine sympathique souffrait de grosses touches de politiquement correct) et au scénariste Akiva Goldsman (roi de l'adoucissement PG-13 et de vannes nazes dans le script d'
I Robot par exemple) qui avoue sans honte que la présence du chien au côté de Will Smith adoucirait le ton du film, ne laissait rien présager de bon. Ajoutons à cela la présence d'un Will Smith capable du meilleur (
Ali) comme du moins bon (remember
Wild Wild West et
A la recherche du bonheur), malgré de vraies capacités d'acteur, et une sortie à quelques jours de Noël qui promettait plutôt un film familial où les gros effets spéciaux permettraient au petit de digérer la dinde aux marrons.
Et pourtant, le petit Kévin risque de demander une lame de rasoir comme cadeau de Noël, car
Je suis une légende s'inscrit en fait dans la lignée des films d'horreurs apocalyptiques post 11–septembre dont l'excellent
28 semaines plus tard fait figure de proue. Certes, le film de Lawrence n'a pas la radicalité, les débordements d'ultra violence, et le jusqu'auboutisme du film de Fresnadillo, mais tient presque son récit d'un bout à l'autre et emploie un ton très premier degré sur la relation entre le personnage de Smith et son animal (et j'insiste sur le côté extrêmement touchant de cette relation qui trouvera son apogée dans LA meilleure scène du film, d'une noirceur et d'une tristesse déstabilisantes dans un film de ce calibre).
28 mois plus tard
La première heure tient ses promesses, et suit un scientifique (Will Smith, quasiment seul à l'écran pendant les 2 premiers tiers, qui évite le one man show au profit d'un jeu nuancé salutaire) luttant contre une horde de créatures mi-humaines, mi-vampires, mais aussi contre lui même, la solitude extrême le conduisant progressivement vers la folie (il invente pendant ses journées des histoires et des personnages à partir de mannequins et se cloisonne dans sa baignoire la nuit avec comme sons d'ambiance le hurlement des créatures). Même si les créatures paraissent au second plan, le film s'impose et force le respect dans son portrait touchant d'un homme complètement isolé psychologiquement dans le cadre sublime d'un New York revenant à une végétation primaire. Un cadre d'autant plus réussi qu'il rappelle la vision du futur selon Tyler Durden dans le cultissime
Fight Club.
Dommage que la dernière demi-heure casse un peu l'ambiance. En faisant intervenir de nouveaux protagonistes et malgré de bonnes scènes appuyant l'asociabilité du scientifique,
Je suis une légende rentre plus dans le moule d'une grosse production techniquement bluffante mais qui perd de son âme. Rien de honteux, même si une dernière scène inutile et accentuant la thématique religieuse de la dernière partie gâche un peu la bonne tenue générale de l'ensemble. En l'état,
Je suis une légende reste un bon film mais qui aurait pu, s'il avait été tenu jusqu'au bout et malgré les modèles qui le précédent, être un film à part au sein d'une production de plus en plus formatée et donc, devenir une légende...
Je suis une légende est un grand film, il aurait pu être un très grand film. La derniere scène offre, certes, la respiration necessaire pour ne pas renvoyer le spectateur chez lui avec une envie de se tirer une balle, mais plombe légerement tout ce qui a été mis en place durant 1h30. Il est aussi dommage que les zombies soient trop retouchés numériquement (certaines images rappellent hélas la Momie de Summers...). Malgrès ces choix peu judicieux,
Je suis une légende présente des scènes cruelles et dures, tout en étant incroyablement beau. Une véritable poésie contaminée.