Et Dieu créa l'infâme…
Le Créateur est le second long-métrage d'Albert Dupontel. A mille lieues de Bernie, Dupontel signe ici un des films les plus injustement méconnus de ces dix dernières années.
Darius, auteur dramatique peu inspiré, en est arrivé à tuer pour pouvoir écrire sa pièce de théâtre... Le sujet est traité d'une main experte. Dupontel parle de ce qu'il connait, de ce que tout réalisateur, tout écrivain a pu connaître : la peur de la page blanche. Le film nous embarque dans la folie et la névrose grandissante de Darius, écrivain raté qui a mystérieusement écrit un succès, et qui doit remettre ça.
Peu de succès pour ce film mal vendu, pas assez défendu et passé inaperçu. En seulement deux réalisations, Albert Dupontel a déjà acquis un savoir faire indéniable et une maturité hors paire pour la mise en scène. Ici, rien de gratuit. Chaque effet spécial, chaque mouvement de caméra, chaque effet de montage est justifié. Ses récurrentes vues subjectives (le petit plus Dupontel) nous offre le monde vu par un chat tombant du 3ème étage et d'un ordinateur portable, avec lequel Darius essaie désespérément d'écrire une scène.
Quand on change de code, on prévient !
On pouvait s'attendre à encore une image sale et sombre… Et bien non. L'évolution après Bernie est remarquable. Le film a réellement «une belle gueule». Les images sont magnifiques, les couleurs oscillent entre le rouge, l'ocre et le jaune, ce qui donne un côté classieux. Le son est très travaillé et dépouillé. Les acteurs sont, une fois de plus, parfaits. Mention spéciale à Michel Vuillermoz qui joue le rôle de Simon le régisseur de théâtre, qui remplit dans ce film le rôle de chœur comme dans le théâtre grec, et qui s'adresse donc directement au spectateur. Claude Perron est diabolique et cruelle ; son arrivée dans le film s'apparente à l'arrivée du diable en personne. Et Dupontel, dans tout ça, est plus discret, et joue à merveille ce grand stressé sûr de rien. Petit clin d'œil au chat Momo, dont c'est la seconde apparition dans les films de Dupontel. Les seconds rôles ont aussi leur importance. Avant de jouer Duval Riché dans Enfermés Dehors, on peut déjà remarquer le talent de Nicolas Marie dans le rôle du survolté directeur du théâtre.
Un petit coup de maître, inaperçu. Dupontel serait certainement trop humble pour le reconnaître, mais ce film est parfait, tout simplement. Le coup de théâtre est inattendu et surprenant, la fin est ironique et noire à souhait. Une belle mise en abyme du statut de l'artiste en général.