Aux frontières du réel
Xavier Beauvois livre un polar réaliste et prenant porté par des acteurs excellents, Nathalie Baye en tête.
«Elle est belle la police française». Peut-être pas, mais en tous cas elle est comme ça. Pour ce film de genre, Xavier Beauvois s'est beaucoup documenté. Il a vécu au quotidien avec des flics. Le cinéaste retranscrit cela parfaitement dans son film, à travers les histoires d'un jeune lieutenant qui fait ses débuts au sein d'une division de police judiciaire et celle d'une femme flic brisée de retour aux affaires.
Dans un style sobre, sans musique, Xavier Beauvois nous plonge dans la routine d'un commissariat parisien. La caméra se promène lentement, avant que les plans se resserrent et s'animent, rendant vivant le film, et cela sans les artifices trop courants dans les polars français. Ici la tension, la peur, la colère… se lisent sur les visages.
Avec le petit lieutenant on découvre cette dure réalité du terrain. Jalil Lespert est juste et touchant dans ce rôle de bleu voulant vivre pleinement son job, avec des cadavres, des planques… bref, des sensations fortes («Pourquoi t'as fais flic ? – A cause des films.»). Caroline Vaudieu porte sur lui un regard mélancolique, protecteur. Nathalie Baye donne vie à ce personnage ambiguë. Avec son humour grinçant et sa force de caractère, cette femme dure, profondément blessée de l'intérieur, encadre celui qu'elle considère presque comme son fils.
Nathalie Baye charismatique
Les autres acteurs incarnent de véritables personnages, des figures. Roschdy Zem s'est parfaitement glissé dans la peau d'un policier droit et intègre. Pour coller à la triste réalité, il fallait un flic clairement raciste. Le réalisateur s'y est collé avec talent. Toujours dans ce souci de vérité, il a engagé des amateurs pour « jouer » leur propre rôle.
Tous les épisodes de la vie d'un commissariat sont retranscrits : la sortie au bar après le service, les animosités entre flics, le cannabis donné gracieusement par les stups, l'interrogatoire musclé…
L'authenticité est aussi de mise dans le portrait d'une femme atypique. Le charisme de Nathalie Baye crève l'écran. A l'origine, Vaudevieu devait être un homme. Finalement, Xavier Vaudevieu s'est tourné vers Nathalie Baye. Le personnage en ressort transformé. Le film également.
Tellement pris par l'ambiance, on en oublierait presque que ce n'est pas un documentaire. Une enquête banale au départ se transforme en drame. Une douleur que l'on lit dans le regard de Nathalie Baye. Surtout dans la scène finale. Prenant, touchant, réussi.
Au fait, comment les amis d'un flic d'origine marocaine prennent son entrée dans la police ? «Ils nous aiment pas tellement en banlieue» dit le petit lieutenant.