Je t'aime, moi non plus…
Mélodrame musical,
Les Chansons d'amour est un film d'une rare puissance émotionnelle. Cinq ans après la présentation de
17 fois Cécile Cassard à Cannes, Christophe Honoré est de retour sur la Croisette. Et cette fois, c'est la Palme d'Or qui est bel et bien visée.
Par amour pour Ismaël (Louis Garrel), sa fiancée Julie (Ludivine Sagnier) a accepté de vivre à trois. Ou du moins, elle essaye. Mais la troisième, Alice (Clotilde Hesme), « s'incruste » un peu trop. Manque de légèreté et d'insouciance provoquent alors jalousie et souffrance. « La guerre à trois n'aura pas lieu », prévient Ismaël. Mais le destin frappe, un drame survient : brutalement, Julie disparaît. Elle laisse deux amants dans les vestiges d'une relation bancale. Et quand le trio devient duo, rien ne va plus.
C'est sous la forme d'un triptyque que Christophe Honoré filme les tourments passionnés de ce trio. Sur fond de paysages parisiens, les corps se traînent. Au rythme d'une bande son d'Alex Beaupain, les corps luttent contre la douleur assourdissante de l'absence.
Les Chansons d'amour est un film qui parle de sentiments. Ou plutôt, de la difficulté à les exprimer.
L'ombre de Demy
Ludivine Sagnier dans une robe sixties bleu électrique. Ses mèches blondes chatouillent ses épaules dénudées. Postée près d'une fenêtre, elle regarde la pluie tomber et se met à chanter. « Il pleut encore sur le génie, de la place de la Bastille… ». Nous pensons alors à la jeune et mélancolique Catherine Deneuve de
Les Parapluies de Cherbourg, une comédie musicale signée Jacques Demy. Un réalisateur pour qui Christophe Honoré ne cache pas son admiration. Nous pensons aussi à
Jeanne et le garçon formidable, une comédie musicale en hommage au Demy des années 60, mais ancré dans son époque : les années sida.
Les Chansons d'amour s'enracine lui-aussi dans les thèmes de sa génération : homosexualité, infidélité, engagement. Et s'accroche à l'amour, à sa douleur et sa beauté.
« As-tu déjà aimé, pour la beauté du geste… », chante Erwann (Grégoire Leprince-Ringuet). Pour la beauté du geste, Christophe Honoré signe un film pudique sur l'amour et l'absence. Il évite les clichés et opte pour l'originalité. Les sentiments ne sont exprimés qu'en poésie, via les textes de Beaupain. La mort est suggérée par la froideur et l'étatisme de photographies en noir et blanc. Pour la beauté du geste et pour la beauté du cinéma.
A fleur de peau
Des familles bourgeoises, la clope au bec lisant Aragon, dans un Paris pluvieux de carte-postale : Christophe Honoré a poussé le cliché Nouvelle Vague jusqu'au bout de la pellicule. On ne peut lui repprocher ce choix esthétique assumé jusqu'au bout tant son histoire, aussi irréaliste que poétique, est belle et touchante. En piquant un peu partout (du bouquin Politique d'Adam Thirlwell aux films de Demy), Les Chansons d'amour dresse un palette coloré d'amours difficiles, de sentiments à fleur de peau et de situations légères. Les Chansons d'amour parle d'amour, parle de chansons, parle d'eux, parle de nous. Et en parle bien.
Ca se savoure jusqu'à la dernière phrase du film
Film astucieux et joyeux, personnages séduisants et attachants, moments enchanteurs et rêveurs…La musicalité dégagée par ce film, comme vous le remarquerez, reste présente dans nos esprits, même après l'avoir visionné. L'Amour que sème Christophe Honoré dans son œuvre est subtilement mis en accord avec des chansons aux mots plutôt habiles et touchants. C'est beau, c'est frais et ça se savoure jusqu'à la dernière phrase du film, magnifique morale, qui risque d'interpeller plus d'une personne.