Génération perdue
Un écrivain contreversé et un réalisateur complètement cuit sont dans un studio. Les teen movies tombent à l'eau.
Après un sombre et classique Killing Zoe, Roger Avary, responsable avec son ami Quentin Tarantino de Pulp fiction, se lance dans un projet casse gueule : adapter le roman culte de Bret Easton Ellis. On se rappelle du trop sage American psycho, qui n'a pas le dixième de folie du livre malgré l'interprétation effrayante de Christian Bale. Ici, le « héros » est Sean Bateman, le petit frère de Patrick Bateman, le psychopathe du film vu précédement. Sean est à l'université de Camden où les jeunes passent moins de temps à réviser qu'à boire. C'est avec plaisir que l'on voit enfin James James Van Der Beek se moquer de lui-même et de son personnage niais de Dawson. Dix minutes de film, et on le voit baiser face caméra et se retrouver en situation d'impuissance. Le plaisir continue avec Jessica Biel, dans son rôle de nympho bien loin de Marie, personnage qu'elle interprète dans la série 7 à la maison. Avary se dit choqué que toute une génération soit représentée par les teen movies et envoie tout valser.
écriture cinématographique
Roger Avary a parfaitement compris l'exercice de l'adaptation et remplit son devoir haut la main. Le film se regarde de la même manière que le livre se lit. Le film débute sur une fête où sexe et drogue sont omniprésents. Dès l'ouverture, la pseudo représentation de l'adolescent type American pie est oubliée et laisse place à plus trash, plus sombre et plus déjanté. En résumé : plus réaliste. Un triangle amoureux intelligemment mis en scène, on suit un personnage perdre sa virginité dans une chambre d'étudiante, puis on voit ce que faisait un autre durant ce temps. Avary use l'écriture cinématographique tout comme Brett Easton Ellis s'amuse avec la narration de son livre. On assiste même à un chapitre résumé en trois minutes montre en main, sans temps mort ni émotion. La copie parfaite de la version littéraire.
L'unique petite déception viendra aux lecteurs du livre car, évidemment, l'histoire a du être modifiée et raccourcie. Mais cela ne gâche pas l'effet de surprise qui vient de ce long-métrage présenté comme un film pour ado. Bret Easton Ellis l'écrit souvent, les apparences sont trompeuses…
LES LOIS DE L'ATTRACTION
Environ 12 idées à la seconde. Un "Américan Pie" version hard, qui retourne la tete et les conventions du teen-movie. Portrait glaçant d'une jeunesse qui fonce droit dans le mur dans la joie, la bière, la coke et la bonne humeur
Un pari réussi
Prendre des acteurs de séries TV, pour faire un film qui se veut à l'opposé de tous ces teen movies, était un pari risqué. Il n'en reste pas moins que, l'adaptation cinématographique d'une œuvre si polémique, est réussie. Aussi prenante que le livre.
mise en scène originale
Sans être aussi abouti que le livre, Les lois de l'attraction garde ce charme complexe et ce malaise général qui nous suit de bout en bout. La mise en scène originale et le culot artistique sont à saluer, pour ce film choc qui montre que les adolescents ne sont pas que des boutonneux qui torpillent des bières : ils sont humains, et rien n'est moins parfait qu'un humain.