Le hold-up de Rouve
Présenté comme un néo-fasciste admirateur du Maréchal Pétain et de l'Algérie française dans tous les médias, la mission était difficile pour
Jean-Paul Rouve de vendre son Spaggiari comme un Robin des Bois espiègle comme dans son film
Sans arme ni haine ni violence.
Pourtant,
Jean-Paul Rouve connaît l'histoire controversée de celui qui a réalisé le casse du siècle en 1977 à la Société Générale de Nice. Ses tendances xénophobes ne sont pas dissimulées derrières des boutades populistes mais montrent bien le côté sombre de ce qui n'est absolument pas un héros des temps modernes mais un magnifique imposteur. Un inconnu qui cherche à être connu… A l'époque de Giscard, sans Nouvelle Star, ni Loft, ni Star Ac', mais avec des modèles comme les personnages de Belmondo, le meilleur moyen de se faire connaître, c'est d'être l'ennemi numéro 1.
Pourtant, Spaggiari, petit photographe de Nice, ancien de l'OAS, semble avoir remisé les armes à feu et décide de braquer la plus grande banque de la ville. Il vole les riches mais ne redistribue pas aux pauvres. C'est là le véritable hold-up de Rouve : rendre sympathique un homme éminemment antipathique, raciste, machiste et réac.
Un flic, incarné par
Gilles Lellouche, se laisse embobiner par Spaggiari ; une femme,
Alice Taglioni, est la véritable inspiratrice de son mari, Spaggiari ; deux personnages qui tournent autour de Rouve pour mieux l'humaniser mais qui ne laissent pas d'autres alternatives au spectateur : soit on est embobiné par l'homme, comme le flic, et on se laisse avoir par Rouve ; soit on tombe sous le charme de Spaggiari et on se rend complice d'un cambrioleur de pacotille.
Sans arme ni haine ni violence recèle d'idées extraordinaires qui font penser au très inventif
99 Francs de
Jan Kounen mais manque parfois de punch. Les images sont sublimes, le scénario aussi. Mais on ressort de la salle assez mal à l'aise.
Jean-Paul Rouve, et on comprend pourquoi à plus d'un titre, voulait faire de Spaggiari un Robin des Bois. On a vraiment l'impression que plus il entrait dans la peau de son personnage plus il s'est senti étouffé par le cynisme de celui-ci et plus le côté Robin des Bois ne pouvait ressortir que par les bons mots ou la frivolité.
Jean-Paul Rouve réalisateur : cent fois oui !
Jean-Paul Rouve comédien : mille fois oui ! Mais
Jean-Paul Rouve réalisateur de polar et acteur de comédie dramatique : on attendra son troisième film pour dire dix mille fois oui !