The Dark Knight n'est pas juste l'un des meilleurs films de super héros jamais réalisé. C'est bien plus que ça. Une sorte d'idéal de film, profond et jouissif, fun et sérieux, iconique et politique qui supportera le poids des années.
Tragédie déchirante, polar dense, film jouissif au cœur des ténèbres
Après un
Batman Begins émaillé de défauts mais intéressant et porteur d'un nouvel univers riche, Christopher Nolan passe à la vitesse supérieur et signe là une œuvre, fascinante, radicale et presque sans concession. Un Blockbuster d'une noirceur estomaquante doublé d'un film d'auteur où les obsessions thématiques de son réalisateur trouvent une apogée frappante pour un film qui restera sur plusieurs points dans les mémoires.
La filmographie de Nolan est marquée par le concept du double maléfique, de la fascination pour le coté sombre de l'être humain contaminant les différents protagonistes de son œuvre.
The Dark Knight, avec son Bruce Wayne miroir déformant de Batman (à moins que ce ne soit l'inverse) et surtout l'arrivée d'un Joker, maître du chaos, figure de mal ultime et de double face, le méchant de comics le plus schizophrène qui soit, semblait donc être le sujet tout trouvé pour Nolan. Avant d'être le gros film de l'été,
The Dark knight est principalement un vrai film de personnages, riches et complexes, placés sur un échiquier politique, social, et judiciaire réaliste et sérieux. Une mise en place qui occupera la première partie du métrage, le temps de placer les différents protagonistes de l'histoire et accessoirement de laisser respirer son spectateur. Car une fois que le Joker entre en action (clairement le Fou de cet échiquier), le film mute en ride émotionnel intense où il est impossible de deviner les actions des uns (surtout quand l'un d'eux est malade et ne suit aucune règle) et les réactions des autres. Le tout englobé dans un film réellement spectaculaire, plus que
Batman Begins, et vraiment jouissif.
Regarde les hommes tomber
Car, pendant cette longue mais jamais ennuyeuse mise en place, le spectateur ne peut d'attendre à ce que le piège vicieux du film se referme sur lui et l'embarque du blockbuster estival (genre à la base pensé par les studios et formaté) à la tragédie déchirante doublé d'un polar dense à la construction diabolique... le tout dans, il est bon de le rappeler, un film de super héros.
L'intelligence de ce mélange des genres curieux et vraiment réussi, convoquant les comics de Franck Miller, les polars de Michael Mann et la structure d'un James Ellroy, est de faire des figures comics du récit (Batman, Harvey Dent, Joker) des symboles d'une certaines identité de l'Amérique post 11-septembre (le héros, la justice, le terrorisme) afin de nourrir et livrer un discours pessimiste sur un pays en perte totale de repère (jusqu'au triomphe total du film qui explose tous les records là-bas, plébiscite d'une œuvre intelligente et bien trop sombre pour le bouffeur de pop corn de base). Une fable certes, mais réaliste, pensée et filmée par un Nolan en pleine possession de ses moyens et campée par une flambée d'acteurs tous plus bons les uns que les autres, avec il est vrai une mention spéciale au regretté
Heath Ledger, incroyable dans le rôle du Joker dont chaque apparition capte le regard, fascine, perturbe et place instantanément le personnage comme l'un des méchants les plus réussis que le cinéma Hollywoodien nous ait offert depuis très longtemps.
Et même si le film est imparfait (un grossier faux raccord, un moment un peu naïf thématiquement parlant concluant un des arcs du film, une tension montée en crescendo qui s'affaiblit un peu lors de sa dernière demi-heure),
The Dark Knight est un film dont les images restent en tête longtemps après la sortie de la salle, d'une puissance thématique et visuelle rare, et dont le ton dénote de ce que peuvent nous offrir les studios hollywoodiens. Une œuvre importante du cinéma américain de ce début de siècle. Un grand film en devenir.