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Du livre au film : la conversion impossible ?

le 06 Juill. 08 à 14h29
 
Fight Club, ..., ..., ..., autant de films reconnus par le public et la critique tout droit sortis… d’une librairie. Le cinéma est un médium propice à l’adaptation. Autant en connaître les règles.

Le cinquième volet des aventures d’Harry Potter arrive cette semaine, et les premiers veinards qui ont pu voir leur pote sorcier en avant première sont déjà partagés. Excellent film, mais pas assez fidèle, trop rapide, trop pensé pour les spectateurs et pas pour les lecteurs. La sortie du film relance un éternel débat, celui de l’adaptation. Truffaut avait déjà étudié ce sujet lors de son fameux article «..une certaine tendance du cinéma français..» en dénonçant les films de scénaristes, qui adaptent à leur sauce selon une équivalence, prétextant qu’un livre est un livre, un film est un film, et que donc certaines scènes sont intournables. Cela leur permettait de faire ce qu’ils voulaient, au détriment de l’œuvre d’origine.
Avant de vous livrer la critique du film (et pas du livre, il est parfait, point), faisons une petite mise au point sur la saga du sorcier à lunettes et de son pote le rouquin grunge.

...

Harry Potter, c’est bientôt sept livres, ni plus, ni moins. Donc, ignorez déjà les gens qui voient ces suites comme une logique commerciale. Dès le feu vert pour faire le premier film, il était évident que les six autres suivraient.
2001, ... débarque enfin. Réalisé par Chris Colombus, le film est 100% pour les enfants (un peu pour les autres aussi), d’où le choix du réalisateur de .... Le roman étant le plus court de la saga, l’adaptation plutôt aisée. Le seul problème est de traduire visuellement ce qui habite dans un imaginaire collectif, celui des fans. Grand succès prévisible et éclosion d’une futur star, Daniel Radcliffe, le film met tout le monde d’accord et ne déplait qu’aux grincheux.
Un an et demi plus tard, ... pointe le bout de sa baguette. Toujours Chris Colombus aux commandes. Petit problème : le réalisateur se contente de filmer dans la continuité du premier volet sans chercher à faire mieux. On a donc du moins bien.
Puis le volume préféré d’une partie des fans écrase tout sur son passage : .... Un petit choc dans le monde cinématographique de notre balafré binoclard préféré : Alfonso Curaon réalise, le film est plus sombre, plus dur, plus intense que les précédents. Curaon réalise le film nécessaire à la saga, l’épisode où tout commence à se mettre en place, et réussit son adaptation haut la main. Petit bémol : le livre commençant à être plus fourni, le choix a dû être difficile et des passages entiers passent à la trappe (la signification du patronus d’Harry par exemple, et la raison pour laquelle Sirius Black est un animagus).
Un an et demi passe, on retrouve la joyeuse troupe avec un mètre de plus chacun. ... annonce la couleur : les petits ne le sont plus, le film n’est plus pour eux. Désolé, grandissez et vous verrez. Plus poussée que dans le livre, la réflexion sur l’âge ingrat amène à voir nos sorciers comme des bestiaux remplis d’hormones hurlantes (rien qu’à voir tout le monde hurler «..du sang..!..» lors d’une baston entre les jumeaux Weasley). Cette fois-ci, c’est inévitable, le livre se voit retirer près de la moitié de son contenu. Adieu la coupe du monde de quidditch, au revoir les elfes de maison, ciao tous les monstres dans le labyrinthe de la dernière épreuve. Mike Newell remporte quand même son pari, le film donne un grand coup d’accélérateur à la saga, il est aussi efficace que le livre et Ralph Fiennes campe un Voldemort diaboliquement crédible.
Un an et demi sont passés, Harry Potter et l’ordre du Phoénix arrive, et on appréhende encore. Les coupes seront-elles importantes ? Le film sera-t-il une bonne adaptation ? On peut espérer le meilleur, les coupes ne desservant pas les histoires pour autant. Elles ne font de la peine qu’au lecteur assidu, et encore. Ici, on peut parler de fidélité, J.K Rowling surveillant l’entreprise d’un œil averti. Elle a bien raison.

...

Le concept d’adaptation est, à la base, impossible. A vouloir réussir cette adaptation ultime, beaucoup se sont cassés les dents avec des transferts foireux, parfois impossible dès le départ. Le plus ironique, c’est que les bonnes adaptations n’ont pas de règles précises, on ne peut pas les définir.
Le Parfum en est une. C’est un bon film, loin d’être un chef d’œuvre mais très intéressant. Bien sûr, il y a toujours quelqu’un qui a lu le livre et qui a crié au scandale devant le film. Un classique de la littérature, un bon film, mais une fidélité qui laisse à désirer. Est-ce trop pour apprécier un film ? Peut être, peut être pas. Bien évidemment, il est désagréable de voir un film portant le même nom qu’un livre que l’on adore, alors qu’il n’en a pas la saveur. La force du livre est de pouvoir nous amener à sentir les arômes que Grenouille rencontre avec des phrases. Tom Tykwer se doit de faire pareil, avec des images. Ici, cas particulier. Cela peut marcher ou pas, tout dépend du spectateur même. Les plans dégoutants sur le marché au début du film peuvent donner une belle envie de vomir à une âme sensible et laisser indifférent son voisin qui continuera à manger ses pop-corns. Pas de règles, donc.
... et ... (Retour à Brooklyn) sont à cataloguer dans les réussites. Les raisons sont simples : le scénario assume l’incapacité à passer d’un médium à un autre. Il s’adapte (d’où le nom adaptation, bravo) au niveau du scénario et la réalisation traduit les mêmes phrases avec un dialecte différent. On passe de syntaxe littéraire à syntaxe cinématographique. Les événements simultanés des Lois de l’attraction correspondent à différents chapitre tournant autour d’un même lieu, un même instant, mais avec à chaque fois un narrateur différent. Dans le film, les split screens abondent, allant jusqu’à réunir deux personnages dans un seul et même cadre après avoir été séparés pendant dix minutes. La transformation du temps diégétique (flash back) est également un moyen de mettre en scène cette simultanéité.
Les effets de narcotique et de la représentation de la folie dans ... doivent beaucoup à ce montage sauvage en jump-cut (faux raccords assumés) alliant rapidité des plans et univers sonore très riche.
Lorsque le réalisateur a l’intelligence de traduire un livre au lieu de vouloir à tout prix l’adapter, cela donne très souvent de bonnes choses.

Après Harry Potter sortiront, entre autres, ... de Jan Kounen et Choke de Clark Gregg. Respectivement adaptés des livres de Frédéric Beigbeder et Chuck Palahniuk (auteur de ...), on imagine déjà les fans se ruer dans les salles, le livre à la main, avec un surligneur pour relever toutes les différences.
Le débat sur l’adaptation ne sera jamais clos, pas tant que l’on ne saura faire la part des choses (marche aussi avec l’adaptation des jeux vidéo et des séries tv).
 
 
 
 
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