Alors que BFM TV et i-Télé s'affrontent sur le terrain de la TNT gratuite, LCI, la chaîne d'infos du groupe TF1 dit ne pas regretter d'avoir tenté ce pari. La chaîne compte ne pas faire bouger sa ligne, estimant être à l'origine... du succès de ses concurrents. Entretien.
Ozap : En cette rentrée, vos concurrents BFM TV et i-Télé communiquent beaucoup, vous moins. Comment abordez-vous cette rentrée ?
Eric Revel : On est sereins et tranquilles. L’idée est très simple : beaucoup de chaînes infos peuvent faire du direct. Mais si vous regardez la concurrence en détail, il y en a peu qui peuvent proposer des décryptages avec des spécialistes et de grandes signatures. C’est un des intérêts forts pour nous du rapprochement des rédactions de TF1 et LCI. Ça nous permet de bénéficier de ces grandes signatures dont la crédibilité est évidente : François Bachy, Jean-Marc Sylvestre, Vincent Hervouët et autres. Évidemment, les autres, qui sont tellement jeunes, ne peuvent pas le faire. C’est le vrai « plus » de LCI qui reste « la » marque des chaînes infos en continu. On communique peut-être moins mais nous, on travaille sur le fond, on n’est pas que sur la forme. On laisse les autres gambader, on travaille. On reste sur nos fondamentaux et ce qu’on sait faire.
C’est à contre-pied de vos concurrents qui parient sur du hard-news intégral et en direct.
On le fait, tout le monde a imité LCI. On diffuse les grands discours politiques, etc. Mais c’est donné à tout le monde. Avoir derrière un décryptage de gens qui ont une histoire dans le secteur politique de 20 ans avec des journalistes spécialisés, on est quasiment les seuls à le proposer. Et on enrichit le contenu entre TF1 et LCI puisque grâce à Jean-Claude Dassier, les sujets circulent sans tabou avant le 20 Heures entre TF1 et LCI. C’est une force de frappe considérable comme pour l’interview du président russe Medvedev qui est une interview LCI-TF1 qu’on a diffusée avant le « 20 heures ». Ni nos concurrents (BFM TV et i-Télé), ni France 24, ni les autres n’ont été capables de proposer une interview du président russe sur un sujet qui était le sujet d’actualité du jour. C’est considérable. Peut-être qu’il y a moins de paillettes que les autres, mais ce qu’on attend d’une chaine d’infos, c’est d’être sur l’événement - ce qu’on a toujours été - et de proposer un décryptage avec des grandes signatures. Ce qui ne peut pas être le cas des autres.
Comment allez-vous renforcer ces « signatures » cette saison ?
On attend beaucoup d’une nouvelle émission avec Michel Field, « Le Ring », qui va être un vrai combat d’éditorialistes et de spécialistes. Les gens oublient souvent qu’on est à l’origine de petits concepts. On va créer cette émission. On va mettre beaucoup de nouveaux produits comme « Zap Net » qui est la meilleure séquence du Web diffusée dans la matinale, un petit zapping très marrant. On a aussi une nouvelle émission qui s’appelle « Le Buzz » qui décryptera les nouveaux phénomènes du web. On aura aussi un nouveau rendez-vous où on s’intéressera aux liens entre l’économie et la géopolitique. On va innover une fois de plus et vous verrez qu’on sera imités. François Bachy va aussi nous faire un blog politique façon internet avec des invités et des questions un peu dérangeantes. Pas des questions seulement politiques mais aussi liées à l’invité et à l’actualité du web. C’est très marrant car visuellement, c’est devant deux ordinateurs. Ils répondront aussi aux questions d’internautes.
Quelle place voulez-vous donner à Internet sur votre antenne ?
Notre politique est de faire une grande synergie entre l’antenne et le web. Ça trouve cette résultante concrète dans cette émission mais c’est vraiment la toile de fond de cette rentrée. On travaille aussi sur des émissions bi-média, à la télé et sur le Net. On veut aussi pouvoir voir sur le Net un maximum des choses qui sont passées à la télé.
L’hebdomadaire Challenges évoquait une émission médias présentée par Michel Field ?
Non, c’était une fausse information.
Allez-vous suivre la tendance de vos concurrents qui mettent plus de chroniques people à l’antenne ?
Non, on ne s’égare pas. Notre star, c’est l’info et être les premiers à la donner. Sur notre bandeau déroulant, il y a d’ailleurs de plus en plus d’infos exclusives.
C’est aussi ce qui va vous permettre de recruter des téléspectateurs alors que vous n’avez pas fait le pari de la TNT gratuite ?
Les gens sont toujours là et c’est en effet un vrai pari que d’avoir choisi la chaîne gratuite. On verra ce que ça va donner dans quelques années, je n’en sais rien. On n’est pas dans ce pari mais les gens viennent, on n’a pas besoin d’attirer. Quand je discute avec les gens qui nous regardent, on nous demande de ne pas perdre notre image de chaîne sérieuse pour courir derrière des trucs people ou autres, de conserver nos analyses de fond. Ca nous va bien. Après, on peut considérer que c’est une erreur de ne pas être sur la TNT gratuite, ça ne nous empêche pas de tracer notre route et d’approfondir les valeurs qui ont fait le succès de LCI.
Parmi vos émissions emblématiques, vous avez décidé d’arrêter « On refait le match ». Pourquoi ?
On s’est aperçu que l’audience baissait un peu, qu’elle avait vécu. On avait été l’un des premiers à mettre ça en télévision et tout le monde a fait ça ensuite, M6 ou autres. On est très contents que les gens nous imitent mais on passe à autre chose dès que les gens font la même chose. On propose de nouveaux concepts. En radio ou en télé, combien d’émissions se sont créées derrière « On refait le match » ?
M6 prépare le lancement d’un JT. Après des gens comme Nathalie Renoux ou Mélissa Theuriau, n’avez-pas peur de perdre un de vos présentateurs pour rejoindre M6 ?
Non, c’est la vie, on verra. Ça nous permettra de mettre un visage de plus dans la « LCI Academy » ! On peut dire que LCI est la véritable académie des présentateurs de ces dernières années. Là aussi, ça nous va très bien. Ça veut dire qu’on reconnaît notre professionnalisme, c’est magnifique ! Qui peut mieux faire la publicité de la marque LCI que ses ex-présentateurs ? Alors, si M6 lance son JT et qu’en plus, il est incarné par quelqu’un de LCI, alors c’est magnifique !
Des présentateurs que vous choisissez aussi en fonction de leur physique, Jean-Claude Dassier ne s’en était pas caché…
La télévision est une alchimie entre un physique qui peut être agréable, une voix et une manière de prendre la lumière. Ce sont trois notions qui se complètent ou pas et qui font que le journaliste passe bien à l’antenne. On préfère avoir de jolies filles ou de jolis garçons mais ce sont toujours des journalistes qu’on prend avant tout pour leurs compétences.
Même si on peut parfois trouver la chaîne un petit peu trop « propre »…
C’est marrant ! Souvent, nos concurrents nous copient sur la mauvaise tendance. LCI passait pour être trop propre (des garçons avec cravates, la mèche bien mise...). Maintenant, notre tendance est plutôt de ne plus avoir de cravate. Un de nos concurrents (i-Télé, NDLR) dit maintenant qu’il faut mettre des cravates pour être plus sérieux. D’autres disent qu’il faut faire de la bourse au quotidien, on n’a toujours dit que ça n’avait pas d’intérêt : il faudrait qu’ils regardent LCI et qu’ils s’aperçoivent qu’on a abandonné pour une raison très simple, c’est que ça ne faisait pas suffisamment d’audience. Eux décident de le faire : il faut que nos concurrents copient ce qui est bon !