Trois années après le retour de Batman dans l'épisode « Begins » tentant de faire oublier les folies créatrices d'un Joël Shumacher qui avait largement terni l'aura du Chevalier Noir (Batman Forever, Batman & Robin), Christopher Nolan reprend du service en réalisant la suite de Batman Begins,qui se concluait sur la carte de visite d'un certain Joker...
Le Joker vient donc faire parler de lui pour la première fois dans la nouvelle ère de Batman. Campé par Heath Ledger qui est dorénavant une sorte de légende depuis sa récente mort, il fallait réussir à faire oublier l'interprétation magistrale de Jack Nicholson dans le premier Batman, c'était en 1989.
Pas si simple, et pourtant on pouvait compter sur l'expertise de Chistopher Nolan à la réalisation, vu qu'il a réussi le paris de relancer la carrière de Batman. A titre personnel je n'avais pas trouvé le Batman Begins formidable, mais pourtant bien au dessus des visions de Shumacher. J'attendais donc The Dark Knight avec impatience, d'autant plus que mon méchant préféré en serait le protagoniste principal. Les premiers trailers montraient l'Arch Nemesis de Batman, comme un fou psychotique complètement sardonique. Et pourtant...
Et pourtant je ne pensais pas voir un film à la Michael Mann ( Heat , Miami Vice) où explosions ahurissantes et angles de caméra à tout va font de suite penser à du Die Hard. Vous l'avez compris, le nouveau Batman joue de suite la carte de la surenchère visuelle. Pire que ça, c'est bien l'ambiance qui ne respecte en rien la mythologie de Batman. Gotham City est présentée comme un Los Angeles avec de grands buildings propres, et surtout de jour ! Or, Gotham City est à la base une ville sombre et crasseuse, à l'architecture gothique, baroque des plus complexe avec un esprit très art déco. En genéral, les édifices monumentaux en pierre, avec des statues gigantesques y ont la part belle. Ici, Nolan montre une grande mégapole tout ce qu'il y a de plus lambda, sans esthétique aucune.
Et mine de rien, le film prend une tournure crédible et réaliste des plus inatendue. D'un coup d'un seul, nous voilà projeté dans un thriller d'espionnage limite politique, un peu à l'instar de l'excellent Ennemis d'Etat. Bizarre mais finalement cohérent avec une bande son très inspirée de films du genre. Des snipers, des swats, des angles de caméras à en plus finir, avec des scènes empruntées à des jeux vidéo tels que Metal Gear ou Ghost Recon et vous oubliez que vous êtes en face d'une adaptation d'une bande dessinée normalement fantastique.
Cette impression est renforcée par la présence du Joker. Oh non, n'allez pas croire que je vais critiquer de manière acerbe l'interprétation de Heath Ledger. Il est parfaitement incroyable! Dément, fou furieux et complètement sadique, il casse avec Jack Nicholson qui en faisait un Joker grandiloquant et burlesque. Après qui est le meilleur.... c'est une question d'appréciation, mais en voyant Heath Ledger je me suis dis : " S'il est particulièrement bluffant, il lui manque beaucoup de fantaisie ". Ce que je veux mettre en exergue, c'est encore une fois ce soucis de réalisme. Le Joker vu par Nolan est un tueur pyschopathe oui, mais qui se maquille. Dans le comic, le Joker ne se maquille en rien. Sa peau blanche et ses cheveux verts, sont la conséquence d'une chute dans une cuve d'acide. Son nouveau corps le rendant fou notamment avec le travail des substances chimiques sur son être, il deviendra le Joker.
Bien entendu, le réalisateur donne sa version des faits, sur le pourquoi d'un tel maquillage, mais voir un olibrius se maquiller pour perpétrer ses crimes dans un univers très Big Bother, terroriste et réaliste, fait que l'on a l'impression de voir un tueur qui se grime en Joker. Gênant.
L'ensemble donc frôle l'hérésie pour le fanatique du Chevalier Noir que je suis. En rien je n'ai retrouvé la magie, l'étrangeté, et la tristesse de mon héros préféré. Christian Bale en Bruce Wayne/ Batman le campe en une espèce de bellâtre, fière à bras d'une rare arrogance. Voilà qui rompt avec le calme, la courtoisie et la discretion que l'on connait au milliardaire de Gotham. Sa relation très parternelle avec son Majordome Alfred est éludée, quant au Manoir Wayne ou la fameuse Bat-cave, ils sont complètement oubliés, vu que Bruce Wayne vit dans un grand appartement ultra moderne et que la Bat cave est remplacée par une base super propre à la Matrix. Nolan a beau l'expliquer par la reconstruction de la propriété Wayne détruite dans l'épisode précédent que la pillule est dure à avaler.
Avec autant de mauvais points on pourrait croire que The Dark Knight est un mauvais film. Il n'en est rien. S'il est certainement un mauvais Batman, son rôle de grosse production est parfaitement remplit. On ne s'ennuie jamais grâce à un rythme mené bon train, un scénario accrocheur avec des passages explosifs extraordinaires; les 2H30 passent comme un charme. Mais voilà, ce n'est qu'un Blockbuster de plus, genre sous Mission Impossible. Et si on remplaçait le Joker par un fondamentaliste Islamiste, et Batman par un Ninja de la CIA on aurait de toute manière le même film. Tout ce qui fait que Batman est Batman est passé à la trappe et on aurait aimé un Joker plus délirant, avec des gadgets en pagailles; mais ceux qui ne connaissent pas du tout l'univers originel, passeront un excellent moment, à ne pas en douter. Dommage donc que ce nouveau Batman ne soit qu'un prétexte de faire un film très américain, sans charme aucun alors que les personnages ont largement de quoi apporter une dimension magique à l'ensemble.
Si seulement Christopher Nolan avait relu quelques comics, et s'il avait compris que Gotham City n'était pas une simple ville mais le théâtre de personnages haut en couleur et en folie, où armée et NSA n'ont pas leur place, alors probalement que j'aurai aimé ce film.
En rentrant chez moi après la séance, mon premier geste a été de revoir le premier Batman puis Batman Returns réalisés pas Tim Burton. Bien entendu, ils ont vieillis au niveau de la façon de filmer. L'action y est nettement moins trépidante, et ils peuvent apparaître un peu dérisoires presque vingt ans après, sans oublier leur orientation grand public. Cependant, il y a dans ces deux films un véritable univers, un background d'une force remarquable et une sincérité touchante, celle d'un réalisateur qui lui aime Batman et qui en a compris l'essence...