Leur complicité crève l’écran. Dès 6h56, ils prennent l’antenne en direct sur Canal Plus dans « La Matinale » pour un marathon d’1h40 d’infos et de rendez-vous « plaisir ». Avec une audience en constante progression (3.2% d'audience contre 2.3% l'an passé), arriveront-ils un jour à dégommer William Leymergie et Sophie Davant sur France 2 ? Rencontre.
Pour commencer une émission si tôt, à quelle heure faut-il se lever ?
Stéphanie Renouvin : Je me couche à 21h30 pour un réveil à 2h45. J’arrive seule à 3h30 au bureau et travaille sur mes journaux. Je prépare les éditions en collaboration avec la rédaction d’I>TELE par téléphone.
Bruce Toussaint : Je me couche vers 23h et me réveille à 4h45, j’essaye de faire une sieste dans l’après midi. Quand j’arrive, toute l’équipe est en place, je prépare généralement mes sujets froids en amont.
Comment qualifier les infos traitées par « La Matinale » ?
SR : Pour le journal, notre contrat est d’être béton sur l’actu. La différence se joue dans le ton, on ne débite pas les dépêches AFP, on essaye d’avoir un peu de recul sur ce qui se passe.
BT : Pour tout ce qui est hors journaux, c’est de l’info curieuse, plaisir, on décrypte avec notre humeur, bonne ou mauvaise.
Une interview politique à 8 heures du matin au saut du lit, ce n’est pas un peu trop violent ?
BT : C’est un passage obligé, ça existe en radio depuis toujours. Je ne trouve pas ça violent, elle met nos invités face à leurs contradictions. A trois, sous le feu de nos questions, c’est parfois déstabilisant pour eux.
Votre complicité crève l’écran. Même avec Marie Colmant et Alessandra Sublet. Amis aussi dans la vie ?
BT et SR : Oui, nous sommes très amis dans la vie.
Passer d’I>TELE à Canal, c’est une une promotion ?
SR : Bruce est à canal depuis 12 ans. Quant à moi, j’ai toujours fait antenne commune. La seule différence, c’est que je ne suis plus physiquement avec les journalistes d’I>TELE. La réactivité reste la même, on a les mêmes outils.
Maintenant qu’I>TELE est disponible sur la TNT, pas trop de regret d’en être parti ?
BT : Pas du tout. Il n’y a pas de concurrence entre I>TELE et Canal, les deux chaînes sont complémentaires.
SR : Cela reste différent, les téléspectateurs n’allument pas I>TELE pour avoir les mêmes infos que sur Canal. Dans « La Matinale », notre contrat est d’apprendre quelque chose aux téléspectateurs. Nous ne sommes pas formatés mais plus libres qu’une chaîne 100 % infos.
Depuis que votre visibilité s’est accrue, en passant du câble au hertzien, est-ce que d’autres chaînes vous ont approché pour présenter leurs JT ?
SR : Oui, c’est la règle pour tous les journalistes. Mais je n’ai aucune raison de partir. Si je pouvais faire ma vie à Canal, je signe tout de suite !
BT : Cela peut paraître démago mais je suis parfaitement bien sur Canal. La meilleure nouvelle de l’année, c’était d’apprendre que l’émission était reconduite pour une seconde saison. Et la meilleure nouvelle que j’attends, c’est qu’on soit là encore l’année prochaine.
Si on devait comparer votre duo télé, duquel vous vous sentiriez vous le plus proche : Laurence Ferrari et Thomas Hugues sur TF1 ? Ariane Massenet et Michel Denisot sur Canal ? Sophie Davant et William Leymergie sur France 2 ou Zumeo et Laurent Artufel sur M6 ?
BT : Sans faire injure à ceux cités, aucun ! Sans prétention, je crois que ce que nous faisons dans la Matinale ne ressemble pas à ce qu’on trouve sur les autres chaînes. Nous sommes une des rares émissions où l’on peut parler d’actus sans se prendre au sérieux. On arrive à y mettre de l’humeur, de la perspective et nos personnalités. Par exemple, chez Hugues et Ferrari, à aucun moment leur avis n’intervient. Chez nous, c’est exactement le contraire.
Que manque-t-il aux matinales télés pour qu’elles soient un jour aussi suivies que les matinales radios ?
BT : Il faudrait que les Français aient une télé dans leur cuisine, c’est aussi bête. C’est un réflexe que les gens n’ont pas, la radio reste le premier instrument qu’on allume. Pourtant aux USA, les matinales à la télévision fonctionnent sont aussi suivies. Mais bientôt, avec la télé sur le mobile, les choses pourraient changer.
Beaucoup de chaînes jouent l’interactivité avec les SMS, vous adhérez à cette idée ?
BT : Je trouve ça mal fait. L’idée est bonne mais voir défiler 100 SMS que le téléspectateur n’a pas le temps de lire ou qui ne sont pas repris à l’antenne, je ne vois pas l’intérêt.
Une bonne émission doit-elle forcément être interactive ?
SR : Non, on a des retours par e-mail des téléspectateurs, on les lit, on en tient compte si cela nous semble pertinent. On peut très bien améliorer le contenu de cette façon.
J’ai tapé « Stéphanie Renouvin » sur Google, je suis tombé sur une pléiade de sites qui ne parlent pas vraiment de votre travail mais qui stockent des centaines de photos de vous. L’un deux vous présente même comme la « pin up » de Canal Plus. Drôle ou agaçant ?
SR : Ca me surprend toujours de voir qu’il y a des gens qui passent du temps à étudier mes tenues et coiffures. Je trouve ça étrange, je ne suis jamais tombé dans l’idolâtrie donc je ne comprends pas vraiment.
Vous livrez chaque matin des informations inclassables, traitées dans « l’info en plus ». Je vous donne le choix entre 3 sujets pour donner « l’info en plus » du premier point info de la matinale, lequel choisiriez-vous : le gagnant du premier jeu de télé-réalité porno ; la naissance du premier clone humain ou l’emprisonnement d’un Chinois qui avait créé un site Internet hostile au régime en place ?
SR : Aucun, la première info serait traitée par Marie Colmant dans sa chronique médias. Le second ferait l’ouverture du journal et le troisième, nous en parlerions aussi dans le journal.
Pour finir, un questionnaire « J’aime / J’aime pas » que vous proposez souvent à vos invités. Dieudonné qui manifeste pour demander l’exclusion de Fogiel ?
SR et BT : J’aime pas.
Valérie Lecasble à la direction générale d’I>TELE ?
SR et BT : J’aime.
Marie Drucker au Soir 3 ?
SR : J’aime
BT : J’adore !
La création d’une chaîne internationale françaises d’informations ?
BT : Je n’aime pas. I>TELE et LCI sont déjà là. Est-ce que le rôle d’une chaîne d’info, c’est d’avoir un rayonnement international ? Ce qui m’ennuie dans le projet de la CII, c’est le côté service rendu à la diplomatie française. Elle se transformerait en instrument politique. On critique Al Jazeera, CNN et on en veut une pour la France ?
SR : J’aime. On pourrait faire une bonne chaîne d’info, vitrine du journalisme à la française..
La Star Ac’ le vendredi soir ?
BT : J’aime bien mais je n’ai pas regardé une seule fois la cinquième saison, je m’en désintéresse un peu.
SR : J’aime pas, je ne regarde plus, j’ai seulement suivi les deux premières.
Un bébé qui accouche sous les caméras d’une émission de TV réalité ?
SR : Je n’aime pas. Les gens deviennent graves avec la télévision, la télé prend trop de place.
BT : Il ne faut pas être passif, la télé, c’est extraordinaire, je peux passer 12 heures devant elle si ce que je regarde est intéressant, si je peux choisir.
Patrick De Carolis à la tête de France Télévisions ?
SR et BT : J’aime.
Les vieilleries diffusées sur la TNT ?
BT : Je ne regarde pas la TNT. C’est un cercle vicieux... Pour que ces chaînes aient de l’argent, il faut que les gens la regardent. Et pour que les gens la regardent, elles doivent avoir de bons programmes souvent chers à acheter. Moi, je regarde beaucoup les séries. D’ailleurs, je suis en train d’écrire une série politique ! Je ne suis qu’au stade de l’écriture, je n’ai encore rien proposé aux chaînes. Pour moi, la meilleure série du monde, on la trouve sur France 4 : « A la Maison Blanche » où l’on plonge dans les coulisses du pouvoir.
Pourquoi nous n’arrivons pas à produire de bonnes séries en France ?
SR : On ne sait pas, c’est la question que tout le monde se pose.
BT : Je suis moins sévère, il y a une différence de niveau mais certaines séries comme « Avocats et associés » ou « PJ » sont sympas. Mais ce ne sont pas des séries auxquelles on devient accro.