Delphine, Antoine, Alexandre, Frédéric et Jean Arnault affichent-ils ensemble des sourires de façade ou se font-ils la guerre en coulisses ? Selon une enquête du journal "Le Monde", l'entente serait particulièrement fragile entre les cinq enfants de Bernard Arnault, tous membres de l'état-major de LVMH.
Le 26 juillet, Bernard Arnault s'est fendu d'un communiqué tout en ironie publié sur les réseaux sociaux pour répondre à l'article du "Monde." Un droit de réponse intitulé "Merci", dans lequel il se réjouit facticement d'être désigné "chef de 'la dernière famille royale de France'". "'Le Monde' a donc décidé de sortir l'artillerie lourde : six mois d'enquête, deux journalistes dédiées à temps plein, six épisodes sur double page, un feuilleton achevé vendredi. Cela mérite un mot, et ce sera : merci, ironise-t-il. Je n'avais pas eu droit à pareil traitement depuis la reprise de [l'entreprise textile] Boussac en 1984. On m'appelait alors 'The Terminator'. Je préfère 'la dernière famille royale' : c'est plus élégant, et c'est meilleur pour les ventes chez Dior. Je n'ignore pas qu'en répondant, j'offre à ce feuilleton le projecteur qu'il espérait peut-être : un dernier épisode, signé de ma main. Soit. Qu'il serve au moins à une chose : épargner de l'énergie à tous ceux qui, ailleurs, parient sur la fissure d'une famille pour vendre du papier. Ils attendront longtemps."
Après avoir évoqué son supposé poids auprès des présidents de la République ("J'ajoute [...] que j'ai également murmuré à trois premiers ministres britanniques, deux chanceliers allemands et un empereur du Japon"), sa stratégie "business first" et sa relation avec les médias, le patron de LVMH se penche sur le point central : celui de sa famille. "On n'écrit pas six mois sur un homme sans finir par s'inviter, en pensée, à sa table. J'y ai retrouvé mes cinq enfants, mon épouse, mes neveux. J'aurais aimé y trouver une nuance : celle qui permet à cinq personnalités fortes de travailler dans la même maison sans que cela tourne à l'opéra italien." Et de poursuivre : "Chez les Arnault, apparemment on ne discute pas, on complote ; on ne délibère pas, on rivalise. Dans le monde réel, mes enfants dirigent des Maisons, forment des équipes, prennent des décisions et, sacrilège, s'appellent le dimanche. Ce qui, dans une famille ordinaire, s'appelle un dimanche s'appelle chez nous une intrigue. C'est une affaire de vocabulaire. Nous préférons les dimanches."
Après avoir rendu hommage aux plus de 220.000 collaborateurs du groupe LVMH, Bernard Arnault s'adresse directement à Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider, qui ont réalisé l'enquête du "Monde". Le milliardaire soupçonne les deux journalistes d'avoir selon ses mots "puni la transparence", la famille Arnault les ayant reçues, contrairement aux Wertheimer, propriétaires de Chanel, objet d'une enquête selon lui bien plus élogieuse du journal. "Six mois durant, plusieurs dirigeants ont pris, à votre demande, le soin de vous rencontrer, de vous présenter leur travail et ce qu'exige de faire marcher un groupe mondial. Ma famille a fait de même : mes cinq enfants, mon épouse, avec dévouement et attention, moi-même. Tous présents, tous disponibles, tous unis. [...] Que cela serve d'enseignement pour vos prochains sujets", a-t-il ajouté.