Rétropédalage. Pierre Lescure, qui devait débattre, selon un communiqué de la station publié ce mercredi 3 septembre 2025, dans une émission hebdomadaire de Sud Radio cette saison, annonce finalement y renoncer. "L'annonce de ma venue à Sud Radio, pour un dialogue hebdomadaire entre deux générations et deux points de vue a suscité des réactions, pour la plupart outrancières. Avant même de nous entendre Maud Koffler, Maxime Lledo et moi", a-t-il déploré.
Avant de justifier sa décision : "Je pourrais dire, j'ai 80 ans et je vous emmerde mais je comprends qu'on ne change pas de profil, brusquement à mon âge. Je suis cinéma, musique et culture, a constaté le présentateur de "Beau geste" sur France 2. "Dans l'extrême division que nous vivons, les procès d'intention ne feront qu'aggraver les fractures. C’est dommage et surtout dangereux", a-t-il alerté. De son côté, Sud Radio dit "(respecter) pleinement ce choix, tout en le regrettant pour la liberté d’expression". "Nous remercions Pierre Lescure pour la qualité des échanges que nous avons eus avec lui et nous continuons, en cette rentrée, de proclamer un ton libre et indépendant", a martelé la station populiste qui revendique le leitmotiv "Parlons vrai".
Dans ce débat conçu comme "un face-à-face générationnel", dixit Patrick Roger, directeur général de la radio, l'ancien président du Festival de Cannes devait débattre avec Maud Koffler, "jeune journaliste de moins de 30 ans" censée incarner la génération "qui a toujours vécu avec internet, avec les réseaux sociaux et avec l’intelligence artificielle demain". Maud Koffler est aussi passée par les médias réactionnaires "Frontières" et "Boulevard Voltaire" et a officié à la communication du parti d'Éric Zemmour, Reconquête. "Les jeunes doivent-ils être dans le rêve ou dans la réalité ? La société était-elle plus solidaire hier ? Est-ce que c’était mieux avant, quand on n’avait pas tous les objets numériques ?" figuraient parmi les sujets abordés lors de la première annoncée le samedi 13 septembre de 9h20 à 10h.
Joint par "Challenges", Pierre Lescure a affirmé que le débat avec Maud Koffler l'intéressait, et nie les pressions qu'auraient exercé Mediawan, producteur de "C à vous", talk auquel il contribue sur France 5, dans sa volte-face : "J'ai été surpris de la caricature faite de notre proposition de dialogue contradictoire entre 2 générations. J'ai regardé les réactions" et "je me suis rendu compte qu'à mon âge, il était difficile de changer de statut. On m'attend sur la musique et le cinéma, et pas de politique. C'est dommage à un moment où il faut dialoguer entre gens qui ne sont pas d'accords du tout." Toutes les idées méritent-elles d'être mises en lumière sous prétexte qu'elles participeraient au débat public ? Débattre avec l'extrême-droite revient-il à la légitimer ? Il y a fort à parier que ce rebondissement alimente une fois encore les débats au sein des rédactions.
Avant Pierre Lescure, Hugo Clément, journaliste sur France 5, avait été pointé du doigt en 2023 pour avoir accepté de débattre d'écologie avec le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, lors d'un événement organisé par "Valeurs actuelles". Autrement dit, sur le terrain de l'extrême droite. Parmi les critiques les plus récurrentes, celle selon laquelle ce type d'échange contribuerait à la dépolitisation de l'écologie.
"Je savais que ma présence au débat de 'Valeurs Actuelles' allait faire réagir et j'y suis allé en connaissance de cause. Si c'était à refaire, je le referais sans hésiter", avait-il estimé en retour sur X avant d'expliquer ses motivations : "À lire certaines réactions, venues du milieu de l'écologie politique ou de l'extrême gauche, il ne faudrait pas débattre avec l'extrême droite, mais 'la combattre'. On ne doit pas se parler, mais s'affronter. Je trouve cette vision de la politique affligeante. Cela conduit à ne parler qu'entre gens déjà convaincus, et à considérer les autres comme des ennemis. C'est pour cela que l'écologie a du mal à progresser en dehors d'un petit cercle. Qu'on le veuille ou non, Marine Le Pen a recueilli 41% des suffrages exprimés lors de la dernière présidentielle. Cela représente 13 millions de citoyens. Ne pas leur parler n'est pas une option envisageable".

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2