Il est revenu, la voix brisée et les yeux rougis par l'émotion. Ce mardi 23 septembre, Jimmy Kimmel retrouvait le plateau de "Jimmy Kimmel Live!" après près d'une semaine d'absence. Son monologue, long et dense, a mêlé excuses, hommages et attaques, dans un plaidoyer assumé pour la liberté d'expression. Mise en ligne sur YouTube, la séquence compte déjà près de 4 millions de vues à l'heure actuelle.
Après une standing ovation de son public, Jimmy Kimmel a remercié ses nombreux soutiens, ses confrères des 'late night shows' – de Stephen Colbert à Jon Stewart, en passant par Jimmy Fallon et John Oliver – et surtout son public, "qui a fait entendre sa voix pour que la mienne puisse être entendue". Il a également salué des figures politiques conservatrices, comme Ted Cruz ou Mitch McConnell, qui ont défendu son droit à s'exprimer malgré leurs désaccords. "Je veux remercier les personnes qui ne soutiennent pas mon émission ni mes idées, mais qui soutiennent mon droit de les exprimer malgré tout".
Puis, très ému, il est revenu sur la polémique. Le 15 septembre, il avait accusé la droite américaine d'exploiter politiquement le meurtre de Charlie Kirk, tué par un jeune homme dont les parents affirment qu'il penchait à gauche. Jugés offensants par certains, ses propos avaient entraîné sa suspension. "Vous devez comprendre qu'il n'a jamais été dans mon intention de minimiser le meurtre d'un jeune homme. Je ne pense pas que ce soit drôle", a-t-il assuré, en larmes. "Je n'ai pas non plus voulu accuser un groupe en particulier pour les actes d'un individu profondément perturbé. C'était l'inverse de ce que j'essayais de dire." Reconnaissant des "commentaires malvenus ou ambigus", il a présenté ses excuses sans reculer sur ses critiques envers la récupération politique du drame.
Rapidement, Jimmy Kimmel a élargi son discours à la liberté d'expression. "Ce show n'est pas important. Ce qui l'est, c'est de vivre dans un pays qui nous autorise à avoir une émission comme celle-ci", a-t-il lancé, rappelant que ses homologues en Russie ou au Moyen-Orient risquent la prison pour leurs satires. Il a diffusé un discours de Donald Trump datant de 2022, vantant la liberté d'expression, ironisant : "Il a essayé de m'annuler de toutes ses forces. Mais au lieu de ça, il a forcé des millions de personnes à regarder l'émission." Avant d'ajouter une pique : "Il devra peut-être publier les dossiers Epstein pour nous distraire de ça."
Donald Trump avait d'ailleurs attaqué, quelques heures plus tôt, "la fake news ABC" et son animateur, accusant la chaîne de "diffuser à 99% des conneries positives pour les démocrates". Des menaces de procès et des pressions sur la licence du programme avaient suivi, relayées par Brendan Carr, patron de la FCC - gendarme de l'audiovisuel américain -, ce qui a choqué jusque dans les rangs républicains. "Notre dirigeant se réjouit de voir des Américains perdre leurs moyens de subsistance parce qu'il n'est pas capable de supporter une blague", a dénoncé Jimmy Kimmel, confiant aussi recevoir des menaces de mort.
Disney, propriétaire d'ABC, avait d'abord parlé de propos "indélicats" pour justifier sa suspension, avant de valider son retour après "des conversations réfléchies". L'humoriste en a profité pour tourner en dérision la situation : "Beaucoup de gens m'ont demandé s'il y avait des conditions à mon retour à l'antenne. Et oui, il y en a une. Disney m'a demandé de lire la déclaration suivante. Et j'ai accepté : 'Pour réactiver votre compte Disney+ et Hulu, ouvrez l'application sur votre téléviseur connecté.'"
Puis, de poursuivre sur un ton plus grave : "J'ai eu la chance de travailler dans une entreprise qui m'a permis de faire ce show comme nous le voulions depuis presque 23 ans. Même quand cela les mettait mal à l'aise, ils ont défendu mon droit de me moquer de nos dirigeants. Je leur en suis très reconnaissant." Il a néanmoins reconnu ne pas avoir accepté sa suspension : "Je n'étais pas d'accord avec cette décision. Nous en avons beaucoup discuté. Et à la fin, même s'ils n'étaient pas obligés, ils m'ont accueilli de nouveau à l'antenne. Mais, malheureusement, cela les met en danger." Pour lui, l'enjeu dépasse sa propre émission : "Une menace du gouvernement visant à réduire au silence un humoriste que le président n'aime pas, c'est anti-américain." Il a appelé à ne pas céder : "Arrêtons de laisser ces politiciens nous dire ce qu'ils veulent et disons leur ce que nous voulons. C'est nous, le leader."
Enfin, une nouvelle fois très ému, il a choisi d'évoquer Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk, qui a publiquement pardonné le meurtrier de son mari. "Un acte désintéressé de grâce, le pardon d'une veuve en deuil. Cela m'a profondément touché", a-t-il confié, avant de clore son monologue : "Et s'il y a quelque chose que nous devrions retenir de cette tragédie pour l'avenir, j'espère que ce sera cela, et pas autre chose. Merci de m'avoir écouté."

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