Ce samedi 20 septembre, "Quelle époque !" a fait sa rentrée sur France 2. Aux côtés de Léa Salamé, les fidèles chroniqueurs étaient de retour, accompagnés de nouvelles recrues comme Hugo Clément et Guillaume de Saint Sernin, frère cadet de Paul. L'humoriste et "sniper" historique de l'émission cède désormais parfois sa place à ce dernier, appelé à devenir son joker. Deux jours plus tard, les deux frères étaient invités dans "Quotidien" sur TMC. L'occasion pour Paul de Saint Sernin de revenir sur une séquence qui a marqué la précédente saison : son face-à-face le 3 mai dernier dans "Quelle époque !" avec Nicolas Bedos, condamné en 2024 à un an de prison dont six mois avec sursis pour des agressions sexuelles sur deux femmes.
"Un jour, je raconterai la vraie histoire parce qu'il y a beaucoup plus que cette simple séquence", a confié Paul de Saint Sernin à Yann Barthès. L'humoriste insiste : "Ça ne s'est pas forcément passé à la virgule près comme ce que la France a vu". "L'émission a été montée ?" l'interroge le chroniqueur médias Julien Bellver. Sans trop en dire, il répond : "Tout ce que je peux te dire, c'est que moi, je n'avais pas très envie de participer à ce plateau, je l'ai fait savoir, on m'a demandé d'y aller et j'étais mal à l'aise, pour plein de raisons".
Ce soir-là, Nicolas Bedos venait présenter son livre confession "La soif de honte" (Éditions de l'Observatoire), dans lequel il revenait sur son alcoolisme, un viol qu'il dit avoir subi, mais aussi sa récente condamnation. Une invitation déjà polémique, qui avait fait débat jusque dans les coulisses de France 2. Léa Salamé l'avait reçu seul, en début d'émission, en face-à-face. "C'est l'histoire d'un homme qui avait tout (...) et qui va tout perdre à cause de ses comportements et de ses fautes", commençait-elle. "Il publie un livre où il assume, il reconnaît, et tente d'expliquer sa déchéance, et surtout, il apporte quelque chose au débat post-MeToo" avait-elle lancé pour justifier son invitation.
"C'est la première fois depuis plus de deux ans que vous venez à la télévision, et je vous avoue qu'on a hésité à vous donner la parole ce soir quelques mois seulement après votre condamnation. Mais on a lu ce livre, et il faut reconnaître que vous dites des choses, que c'est pas comme souvent le livre d'un type qui vient pleurer sur son sort, qui vient se plaindre d'une injustice de l'époque, de 'la chasse à l'homme' des femmes, des harpies hystériques qui poursuivent les hommes et veulent se venger". Avant d'ajouter "ce livre ne réparera pas le mal que vous avez fait mais il a au moins le mérite de faire réfléchir".
À la fin de l'entretien, Paul de Saint Sernin, installé dans le public, avait pris la parole : "Tout l'argent récolté grâce à la vente de ce livre va être reversé à une association de victimes. Tu ne le sais pas, je viens de le décider", avait-il lancé, déclenchant des applaudissements. Agacé, Nicolas Bedos avait répliqué : "C'est sérieux ce qu'on dit là…". L'humoriste avait alors ajouté : "Oui, mais c'était une manière de te montrer que c'est important, le consentement", avait-il ajouté, faisant face au visage fermé de l'invité, dans un plateau silencieux. "Je décide que l'argent sera versé à une association, sans te demander ton avis", avait-il expliqué, Nicolas Bedos forçant alors un sourire. Léa Salamé avait alors conclu l'interview, avant que l'auteur ne quitte le plateau, sans un mot, sous les applaudissements.
"En fait, c'est spontané parce que je ne dois pas y aller, je n'ai pas envie d'y aller", poursuit Paul de Saint Sernin sur le plateau de "Quotidien". "Mais je dois dire un truc, parce que sinon, aux yeux des gens, le sniper, quand il y a une petite chanteuse, il vanne, et quand il y a un condamné pour agression sexuelle, il ne dit rien. Tu dois dire un truc, mais si tu le dis, tu déranges un peu, parce que c'est une interview assez cadrée, préparée". Se disant "dos au mur", il improvise : "Je sors ce truc un peu nul qui est 'l'argent va être versé aux victimes'. C'était ma manière à moi de penser aux victimes".
Pris dans l'échange, l'humoriste raconte avoir senti ses réactions lui échapper : "Ce n'est plus toi qui réfléchis, tes réactions ne sont pas les tiennes. Je dois me sauver la vie maintenant, et je sors ce truc sur le consentement". Une punchline applaudie par le public et largement relayée sur les réseaux sociaux. Mais Paul de Saint Sernin insiste aujourd'hui sur l'envers du décor : "Moi, j'ai envie de retenir le positif. Il y a beaucoup de maquilleuses et de femmes qui travaillent dans la prod' qui applaudissent et qui me remercient". Et d'ajouter : "Je viens du foot, c'est un sport d'équipe. Là, j'ai réussi à voir qui jouait pour qui, qui était dans quelle équipe. C'était une expérience sociale pour moi, les quelques jours qui ont suivi".
La séquence avait suscité des réactions contrastées. Si une partie des internautes et associations comme #MeToo Media avaient salué le rappel au consentement, d'autres, à l'instar de l'essayiste Valérie Rey-Robert, avaient dénoncé la "perversité" de toute la séquence, consistant à capitaliser sur la polémique sans remettre en cause le dispositif médiatique. La philosophe Camille Froidevaux-Metterie avait regretté l'intervention de l'humoriste, estimant que critiquer les rares hommes qui prennent position revenait à "nourrir la mécanique huilée du patriarcat". De son côté, Nicolas Bedos était resté amer, confiant au "Figaro", sous la plume de l'essayiste conservatrice Eugénie Bastié : "L'interview m'a presque fait regretter la garde à vue. Les policiers sont beaucoup moins obtus".

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