"J'avais prévu d'arriver en costume de Pape" sourit Kad Merad présent au Festival de la fiction de La Rochelle pour défendre "Belphégor", future série événement attendue en décembre sur HBO Max et en 2026 sur M6. Interrogé par Puremédias, l'acteur de 61 ans est revenu sur la sortie abracadabrantesque de son dernier film, "Papamobile". Sortie le 13 août dernier en catimini, cette comédie réalisée par Sylvain Estibal a été jugée "ratée" et "pas drôle" par le producteur du long-métrage. Résultat : "Papamobile" n'est sortie que dans... 7 salles de cinéma dans toute la France, à Avignon (Vaucluse), Bagnoles-de-l’Orne (Orne), Saverne (Bas-Rhin), Douvaine et Évian-les-Bains (Haute-Savoie), ainsi que Romans-sur-Isère (Drôme) et en région parisienne.
Par médias interposés, producteur et réalisateur se sont écharpés mais Kad Merad, son interprète principal, n'avait jamais pris la parole. Il a accepté d'évoquer cet épisode insolite pour la première fois au cours d'un entretien avec Puremédias. "Le film devait sortir le plus discrètement possible, c'est ce qu'on appelle dans le jargon une sortie technique. Ça arrive quand on n'est pas forcément très content des résultats. Ça arrive avec plein de films, rembobine-t-il. Puis il y a eu ce coup de projecteur inattendu sur ce film que j'ai interprété avec beaucoup de plaisir. Quand on fait des films, on prend des risques. Quel que soit le film. J'ai pris ce risque et je suis content de l'avoir pris. Dès le départ, le film était très particulier, très insolite, très curieux, très atypique. C'est vrai qu'on a peut-être souffert de moyens, il faut le dire. On est partis tourner au Mexique, au Vatican. Ça a été très compliqué. Le film est ce qu'il est, moi je l'aime, je le trouve intéressant et insolite. Comme l'a dit le réalisateur, où ça passe où ça casse, bon ça a plutôt cassé...".
Face à la polémique et à la brouille entre le producteur et le réalisateur, le film a connu un engouement inédit de la part du public. Ce qui réjouit Kad Merad. "Ce qui est curieux, c'est que le film on en a beaucoup parlé et paraît-il même il y a eu des salles de plus en plus remplies et ça a finalement donné envie aux gens d’aller le voir. Les gens ont besoin de se faire leur propre opinion. Il faut arrêter de parler à la place des autres. Et finalement on parle maintenant d'un film culte.
J'ai fait le plus gros succès du cinéma français, je vais peut-être faire le plus grand bide... Je suis un peu danseur classique, je fais le grand écart. Ça s'appelle une vie d'acteur et j'espère continuer à avoir des surprises comme ça. C'est ça le métier", conclut-il. À ce jour, le nombre d'entrées de "Papamobile" n'a jamais été communiqué.
Le 13 août dernier, dans les colonnes du "Canard enchaîné", le producteur du film avait dézingué le projet : "J'avoue, c'est raté, c'est une comédie pas drôle, selon la plupart de ceux qui l'ont vue. Ça arrive dans le métier". De quoi provoquer la colère de Sylvain Estibal, dont le premier long-métrage "Le cochon de Gaza" avait reçu le César du meilleur premier film en 2012. "Dommage qu'un producteur censé défendre ses projets s'exprime ainsi. (...) D'autres qui ont vu le film l'ont trouvé hors normes, fou et amusant, et ne comprennent pas que sa sortie soit autant sabordée", a réagi le réalisateur sur X.
Que raconte cette comédie barrée ? Alors qu'une cheffe d'un cartel mexicain (incarnée par l'actrice Myriam Tekaïa) a kidnappé le pape (joué par Kad Merad), la criminelle se rend compte qu'elle a en réalité enlevé le sosie du souverain pontife. Un film à petit budget (1,2 million d'euros), qui n'a bénéficié que d'une "petite aide du CNC (Centre national du cinéma)". "Le manque de moyens est totalement assumé dans la réalisation, avec un côté 'nanar' revendiqué", s'est défendu Sylvain Estibal, qui, comme ses acteurs, a choisi de "mettre son salaire en participation", afin que le film puisse se faire.
Tourné en seulement 24 jours au Mexique, le long-métrage a connu des difficultés dès la première version du montage. "Il faisait à l'origine 1h15, et le contrat qui nous liait à Amazon (un des financeurs privés) stipulait une durée minimale de 1h30. Sylvain (Estibal) a donc dû fouiller les tiroirs des images de tournage pour pouvoir atteindre cette durée. Or, cela a chamboulé le rythme du film, primordial dans une comédie", a expliqué à nos confrères de Franceinfo l'actrice et co-scénariste du film Myriam Tekaïa, qui dénonce elle aussi "une bande-annonce bâclée et un torpillage dans les médias". "Papamobile" n'a en effet à son actif qu'une bande-annonce de 30 secondes à peine, conçue à la va-vite (visible en tête d'article, ndlr). "C'est vraiment du sabotage, ils ont même intégré un plan raté", fustige auprès de nos confrères Sylvain Estibal.
Après une collaboration houleuse, notamment en raison du montage qui ne satisfaisait pas la société de distribution The Joker Films, cette dernière s'est résolue à faire le strict minimum, le film n'ayant trouvé aucun autre distributeur à Cannes en mai dernier. "Nous avons été très déçus par le résultat final, mais avons honoré notre engagement à le distribuer", a expliqué à Franceinfo Manuel Chiche, président de The Joker Films. Distribué, a minima donc, dans seulement 7 salles françaises depuis la semaine dernière, "le film connaîtra une réelle sortie en Allemagne et en Belgique", assure Myriam Tekaïa. Mais l'équipe attend surtout beaucoup de la sortie de "Papamobile" sur les plateformes. "Le film a été pré-acheté par Amazon (en 2026) et aura donc une vie après la salle. Il sera par ailleurs diffusé sur OCS (dans plusieurs mois)", indiquait sur X Sylvain Estibal. Une 2e vie espérée par le réalisateur, qui "invite les curieux à se faire leur propre avis" sur son œuvre.

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