Une séquence d'abord passée inaperçue mais qui a finalement suscité la polémique dans les couloirs de Radio France. Vendredi 12 septembre dernier, à 6h30, Guillaume Erner prenait l'antenne pour débuter "Les matins de France Culture", matinale qu'il présente sur la radio du service public depuis septembre 2015. Trente minutes plus tard, le journaliste de 57 ans propose aux auditeurs son "humeur du jour", séquence que Puremédias vous propose d'écouter en intégralité ci-dessus : "Et ce matin, je suis Charlie", le lance sa collègue Alexandra Delbot. "Oui, mais quel Charlie ? Maintenant, il y a au moins deux Charlie. Le 'Je suis Charlie' de Charlie Hebdo et le 'Je suis Charlie' de Charlie Kirk", a commencé l'animateur en référence à l'assassinat du militant d’extrême droite de 31 ans, survenu deux jours auparavant.
En effet, le 10 septembre, ce proche de Donald Trump était touché par balle alors qu'il menait un dialogue avec des étudiants américains sur le campus d’une université dans l’Utah. "Depuis sa mort, deux attitudes se font jour : les uns font part de leur tristesse, leur colère pour ce qui ressemble fort à un assassinat politique. Seconde attitude observée chez des personnes qui se félicitent de la mort de Charlie Kirk ou qui considèrent qu'il l'a bien cherché", notait le matinalier.
Avant d'expliquer le parallèle avec l'attentat contre le journal satirique commis par des terroristes jihadistes le 7 janvier 2015 : "Quelle différence avec un assassinat politique comme celui de 'Charlie Hebdo' ? Une amie m'a soumis ce rapprochement et plus j'y songe, plus je le trouve valable." S'il admet des "différences, certes" entre les deux drames, Guillaume Erner soulevait que l'humour de l'hebdomadaire était considéré par certains comme "violent, hostile, menaçant" tandis que Charlie Kirk, si d'autres l'accusaient de propager de la haine avec ses idées, n'avait "enfreint aucune loi américaine et était ouvert au dialogue même s'il avait plus d'un tour rhétorique dans son sac".
Puis de conclure : "La parole, aussi dure soit-elle, n'est pas la violence. Il n'est pas possible d'être Charlie uniquement pour son Charlie à soi, autrement dit pour son opinion." Et d'ajouter : "Le vrai Charlie se bat pour l'opinion de l'autre et désormais le 'je suis Charlie' doit se conjuguer au pluriel ou bien se taire à jamais." Une comparaison osée qui n'a pas plu à sa rédaction. En effet, la Société des journalistes de France Culture a exprimé son désaccord avec ce "billet du malaise et de la confusion", selon un communiqué consulté par l'AFP ce jeudi 18 septembre 2025.
Elle regrette que, dans cette chronique, l'influenceur trumpiste soit érigé "en symbole de la liberté d'expression" tout "en occultant l'extrême violence verbale de Kirk, qui contribue à mettre en danger des minorités déjà vulnérables". La SDJ craint que cette prise de position jette "le discrédit et le soupçon sur l'ensemble de notre chaîne" alors que l'audiovisuel public est attaqué.
Face à cette controverse, la médiatrice de Radio France Emmanuelle Daviet s'est entretenue avec le principal intéressé afin qu'il s'explique face aux auditeurs "qui ont été nombreux à réagir", annonce-t-elle dans une interview à écouter dès à présent sur le site de Radio France. "Ils estiment que défendre la liberté d’expression ne peut pas signifier mettre sur le même plan des dessinateurs engagés et un influenceur d’extrême droite dont les propos racistes, homophobes, sexistes ou suprémacistes ont alimenté la haine et parfois justifier la violence."
Comprenant ce point de vue, Guillaume Erner a fait son mea culpa : "Si les réactions sont celles là et je les ai entendues, c’est que je me suis planté. C’était une erreur ce papier et je le regrette", a-t-il rétropédalé. Avant de rappeler qu'il s'agissait d'une "humeur" et pas d'un "édito" : "Mais je comprends que certaines personnes puissent imaginer que c’est l’opinion de la station. Or, la station, elle n’a pas d’opinion", a-t-il souligné. Le journaliste admet néanmoins que "ce parallèle était maladroit a posteriori" : "Ce que je souhaitais faire, c’était beaucoup plus poser des questions qu’apporter des réponses. C’est raté. Je plaide à la fois coupable et je demande l’indulgence pour le matinalier qui doit faire un papier chaque jour et qui est parfois sur le fil du rasoir", s'est-il justifié alors qu'aux États-Unis, les déclarations de l'animateur star Jimmy Kimmel sur l'assassinat de Charlie Kirk ont conduit ABC à suspendre son émission pour une durée indéterminée.

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