Mercredi 10 septembre, la France a vécu une journée sous tension. Le mouvement "Bloquons tout !", né sur les réseaux sociaux sans leader identifié, a mobilisé près de 200.000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 250.000 selon la CGT. Barrages routiers, universités fermées, transports perturbés, gares bloquées : le pays a tourné au ralenti. En soirée, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau s'est félicité de "l'échec de ceux qui voulaient bloquer le pays", accusant l'extrême gauche d'avoir récupéré le mouvement.
C'est dans ce climat social tendu que Rodolphe Saadé, PDG du géant maritime CMA CGM, s'est exprimé publiquement. Sa tribune, publiée en page 2 de "La Provence" — journal qu'il possède - appelait à "la concorde nationale". "Les entreprises ne sont pas des adversaires, elles sont des partenaires de la Nation", a affirmé l'homme d'affaires, regrettant de voir "un pays fracturé" et appelant chacun à "retrouver l'esprit collectif". L'homme d'affaires lie également sa trajectoire personnelle à son appel à l'unité : "Avec mon père, nous avons fui la guerre civile au Liban. Je sais ce que signifient les fractures dans une société : elles sont toujours destructrices. (…) Fidèle à ses racines marseillaises et à son ancrage français, notre Groupe continuera à agir au service de la France".
Dans un communiqué publié le 12 septembre, les SDJ de CMA Média ont déploré que la "prise de position" du milliardaire sur "l'actualité politique et sociale du pays" ait été "diffusée à l'antenne de BFMTV", chaîne également sous le giron de Rodolphe Saadé. "Les médias du groupe CMA CGM ne sont pas des relais d'influence", titre le texte. Elles ajoutent : "Un média ne peut servir de relais d'influence à son propriétaire, d'autant plus dans un contexte social et économique tendu, et alors que la liberté de la presse recule jour après jour en France". Les SDJ affirment également "déplorer que M. Saadé ait décidé de publier sa tribune en page 2 du journal 'La Provence'" et martèlent que "les principes démocratiques et l'indépendance journalistique ne doivent en aucun cas être mis en jeu".
Cette polémique intervient au moment où le milliardaire, déjà accusé d'"interventionnisme" dans les contenus éditoriaux de ses médias, continue d'étendre son empire médiatique. Ce vendredi 12 septembre, CMA Media a officialisé le rachat intégral du média vidéo "Brut", après avoir mis la main sur BFMTV, RMC, "La Tribune Dimanche", "La Provence" ou encore "Corse Matin". Dans un communiqué, le groupe se félicite de devenir "la deuxième plus grande rédaction de France (et la première du secteur privé) avec plus de 1.600 journalistes".
Un mouvement de concentration inédit qui nourrit les craintes sur le pluralisme et l'indépendance éditoriale. "Les SDJ du groupe CMA Media seront particulièrement vigilantes quant à leur indépendance éditoriale, et se dresseront à chaque fois que ce sera nécessaire", conclut le communiqué.

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