La France va-t-elle mettre fin à la malédiction ? Depuis 1993 et le sacre d'"Indochine" de Régis Wargnier, le pays n'a plus jamais réussi à remporter l'Oscar du meilleur film étranger. Pourtant, lors des deux dernières éditions de cette grand-messe du septième art, la statuette n'était pas loin. En 2024, le comité de sélection créait la polémique en choisissant d'envoyer "La Passion de Dodin Bouffant" de Trần Anh Hùng au lieu d'"Anatomie d'une chute" de Justine Triet, qui faisait partie des favoris. L'année suivante, le tir était corrigé avec la désignation d'"Emilia Pérez" de Jacques Audiard mais la controverse entourant son actrice principale, Karla Sofía Gascón, faisait finalement retomber la cote de la comédie musicale, battue par le Brésilien "Je suis toujours là" de Walter Salles.
Pour la 98e cérémonie, qui se tiendra le 15 mars 2026 au Dolby Theatre de Los Angeles, le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) a annoncé ce mercredi 17 septembre 2025 que le long-métrage "Un simple accident", qui sortira dans les salles obscures le 1er octobre prochain, allait représenter la France pour les prochains Oscars. Ce drame, dirigé par le réalisateur iranien Jafar Panahi ("Taxi Téhéran"), a été préféré à "La Petite Dernière" de Hafsia Herzi, "Arco" d'Ugo Bienvenu, "Nouvelle Vague" de Richard Linklater et "Vie privée" de Rebecca Zlotowski avec Jodie Foster et Virginie Efira. Il raconte l'histoire de cinq anciens prisonniers déterminés à retrouver celui qui fut à l’origine de leurs souffrances passées : un bourreau qu'ils n'ont jamais vu mais dont les actes ont marqué à jamais leur mémoire.
Une décision permise par le rôle important qu'a joué la France dans la mise en œuvre de ce projet. Si le film est en langue iranienne, de par la nationalité de son cinéaste, il a été produit majoritairement dans l'Hexagone grâce à deux sociétés, Les Films Pelléas et Arte France Cinéma. En effet, pour concourir dans la catégorie meilleur film international aux Oscars, le long-métrage doit être produit dans le pays qui le soumet. C'est pourquoi, en 2025, "The Substance" de Coralie Fargeat n'avait pas pu porter les couleurs du pays de sa réalisatrice, ayant été financé aux États-Unis.
Compte tenu de ces règles, "Un simple accident" devenait un choix judicieux étant donné le buzz positif provoqué par ce film lors du dernier Festival de Cannes. Le jury, présidé par Juliette Binoche, l'a récompensé de la prestigieuse Palme d'or, la plus haute distinction possible. Un symbole pour honorer celui qui a été emprisonné à deux reprises en Iran, accusé de propagande contre le régime. "Notre pays, 130 ans après avoir inventé le cinéma, est le cœur battant des coproductions internationales et une terre d'accueil pour les créateurs du monde entier, notamment ceux qui sont empêchés de travailler dans leur propre pays", a justifié Gaëtan Bruel, le président du CNC, dans un communiqué.
Mais la route jusqu'aux Oscars est encore longue. Après avoir étudié les candidatures cinématographiques de chaque pays, l'Académie dévoilera une shortlist de quinze finalistes le 16 décembre prochain. Le 22 janvier, cinq d'entre eux seront retenus et nommés officiellement dans la catégorie du meilleur film étranger. Il faudra attendre le 15 mars pour savoir qui succèdera à "Je suis toujours là" de Walter Salles. Et la concurrence promet d'être rude cette année avec d'autres sérieux prétendants qui pourraient également séduire les votants : "Jeunes Mères" des frères Dardenne (Belgique), "L'Agent secret" de Kleber Mendonça Filho (Brésil), "Sirāt" d'Óliver Laxe (Espagne) ou encore "Valeur sentimentale" de Joachim Trier (Norvège), tous les quatre également au palmarès du Festival de Cannes 2025.

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