L’affaire Thomas Legrand, du pain béni pour CNews ? C’est en tout cas ce que dénonce "Le Canard enchaîné" dans son édition du 24 septembre, dans un article intitulé "Les médias Bolloré en croisade pour une ‘liberté d’expression’ très orientée". Le ton est donné : derrière la polémique, c’est une stratégie de communication parfaitement orchestrée que le journal met au jour.
Selon l’hebdomadaire, les médias du milliardaire breton ont profité de l'affaire pour lancer une offensive contre Thomas Legrand et Patrick Cohen. Ces derniers sont accusés par CNews, via Pascal Praud notamment, d’une proximité suspecte avec le Parti socialiste, révélée dans une vidéo privée diffusée par le mensuel conservateur "L’incorrect". "Le Canard" rappelle que, dans ce contexte, France Inter avait suspendu Thomas Legrand "à titre conservatoire", tandis que Patrick Cohen n’a fait l’objet d’aucune sanction.
"Les croisades de ces médias, regroupés au sein des mêmes locaux, avec des journalistes officiant aussi bien à la radio qu’à la télé ou dans les journaux, reposent sur une mécanique bien huilée", écrit le journal satirique. Chaque matin, la rédaction recevrait ainsi les "dominantes" du jour, à marteler sans relâche sur CNews et Europe 1. De 9 heures à 20 heures, Pascal Praud, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari ou Christine Kelly se relayent pour reprendre et amplifier les attaques.
"Le Canard "cite un ancien de CNews : "Praud est évidemment très prescripteur. S’il fait son édito du matin sur un sujet, les autres suivent." Même les journaux écrits du groupe ne restent pas en reste : le "JDNews" a par exemple titré "Le scandale des intouchables" et mis la photo de Patrick Cohen en couverture, tandis que le "JDD "s’en est pris à Delphine Ernotte avec le message : "Une présidente ne devrait pas dire ça."
Au cœur de la controverse, Pascal Praud a dénoncé le lundi 8 septembre dans son éditorial un prétendu "combat culturel" perdu par la droite. "Tout est dit et bien dit, notamment sur cette antenne, uniquement sur cette antenne, sur la collusion idéologique qui existe entre le Parti socialiste et messieurs Cohen et Legrand", a-t-il lancé. Il n’a pas hésité à poursuivre, estimant que "pour tous ces gens, être de droite, c'est pécher".
Pour sa part, Thomas Legrand a cherché à désamorcer la polémique, affirmant que ses propos avaient été sortis de leur contexte : "Si la tournure, extraite d'un échange tronqué et privé, est malheureuse, j’assume de 'm’occuper' journalistiquement des mensonges de madame Dati (…) Nous n’étions pas entre amis dans un esprit de connivence, c'était tout sauf une réunion conspirative." Patrick Cohen a dénoncé un "vol de conversation privée" et annoncé une plainte.
Face à ce déferlement, les patronnes de Radio France et de France Télévisions, Sibyle Veil et Delphine Ernotte, ont demandé une audition à l’Arcom et présenté une étude de l’INA sur le traitement médiatique de l’affaire. Le résultat, révélé par "Le Canard Enchaîné" est saisissant : entre le 5 et le 12 septembre, CNews a couvert l’affaire à elle seule dans 94 % des cas, soit plus de 1.000 mentions en une semaine, évoquant Thomas Legrand et Patrick Cohen 27 fois plus que LCI et 44 fois plus que BFM.
Patrick Cohen résume : "Cette fois, en intensité, un palier a été franchi. C’était massif, très coordonné. Et, dès qu’Ernotte et Veil ont répliqué (…) c’était délirant : ce sont les médias Bolloré qui se présentaient comme les victimes…" Au-delà de cette affaire, le journal pente du doigt une propension de CNews et les autres médias Bolloré à utiliser la "défense de la liberté d’expression" comme prétexte pour défendre une stratégie politique assumée.
Un récit dans lequel les journalistes d’autres médias sont désignés comme des adversaires idéologiques à abattre. "Une liberté dont les radios-télé-journaux de Bolloré usent d’une façon bien particulière, toujours à sens unique, pour faire la promo de leurs amis, de leurs idées d’extrême droite et, accessoirement, de leur business" écrit le papier. "Elle leur sert également à attaquer en meute, à l’image des hordes trumpistes outre-Atlantique, tout ce qui n’appartient pas à leur bord politique et se retrouve donc coupable, de facto, de faire partie de la méchante gauche."

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