L'homme en noir n'est plus. Thierry Ardisson, animateur et producteur aux 40 ans de carrière à la télévision, est mort à l'âge de 76 ans, ce lundi 14 juillet 2025, a annoncé sa famille à l’AFP. Il souffrait d’un cancer du foie. De "Tout le monde en parle", à la longévité remarquable sur France 2, à "Paris dernière" ou "Rive droite / Rive gauche" sur Paris Première en passant par "Hôtel du temps", plus récemment sur France 3, le créateur, père de trois enfants et marié à la journaliste de TF1 Audrey Crespo-Mara, est à l'origine de 70 formats dont des dizaines de séquences – polémiques souvent – alimentent encore aujourd'hui la culture commune.
Rendu célèbre par ses interviews de stars acérées, provocatrices et surproduites – il compte à son actif des entretiens de personnalités aussi variées que Mikhaïl Gorbatchev, Angelina Jolie, Robbie Williams, Mariah Carey, Brad Pitt, Jane Fonda et Robert De Niro – Thierry Ardisson, une gueule, une voix, a défini les codes du talk moderne et marqué de son empreinte la fin du XXe et le début du XXIe siècle. "Quand j’ai débuté à la télé, en 1985 (après 15 ans dans la publicité, ndlr), le langage audiovisuel était encore très compassé. Peu de gens s’y exprimaient comme on le fait dans la vie. J’ai cassé les codes et c’est sans doute cela qui m’a valu cette image. Mon culot, aussi, parfois dans mes interviews", résumait-il dans un entretien accordé au magazine "Bien-être & santé" en février 2024. Jingle, gimmick, ton, séquences... Le producteur laisse derrière lui un volumineux héritage qu'il a souhaité "préserver" avec INA Arditube et Ardivision, ses chaînes sur YouTube et Samsung TV Plus. Sa mort, il l'avait minutieusement préparée.
Après une enfance loin des strass et des paillettes, celui qui a fait de son credo la quête d'argent et de célébrité est passé de l'ombre à la lumière en août 1980, après une interview de Yannick Noah pour le magazine "Rock & Folk". Les propos tenus par le tennisman avaient fait sensation : "Le haschich j’aime vachement, de toute façon au tennis on ne fait jamais de contrôle", avait-il déclaré. Mis en cause par le ministre de l'Intérieur de l'époque, l'intervieweur, Thierry Ardisson, apparaît ainsi à la télévision pour la première fois au "13 Heures" de TF1 "pour aller (se) défendre", avait-il recontextualisé en octobre 2020 dans une interview à "20 minutes". Le fond de cette interview met en lumière son format. Intitulé "Descente de police", il est adapté sous la forme d'un interrogatoire musclé cinq ans plus tard sur TF1. Remarquée et critiquée, l'émission a été arrêtée à la demande de la Haute autorité de l'audiovisuel, ancien nom de l'Arcom.
Des dizaines de formats suivront à l'image de "Lunettes noires pour nuits blanches" (1988-1990) sur Antenne 2, émission elle aussi aux "interviews formatées" qui succède le samedi en troisième partie de soirée aux "Enfants du rock". Au début des années 1990, il s'associe (déjà) à Laurent Baffie dans "Double jeu", qu'il retrouve quelques années plus tard dans "Tout le monde en parle" (1998-2006 sur France 2), passage obligé du PAF. Pour le meilleur comme pour le pire, comme la chanteuse Lio l'a déploré récemment dans la série Netflix "De rockstar à tueur : Le cas Cantat". Ce n'est pas cette séquence polémique parmi d'autres mais une autre émission de Thierry Ardisson qu'il présentait encore en 2006 – 93, faubourg Saint-Honoré" sur Paris Première – qui lui coûtera sa place sur France 2, Patrick de Carolis, président de France Télévisions de l'époque, exigeant l'exclusivité auprès de ses animateurs.
Il rejoint alors Canal+ avec "Salut les terriens !", l'une des émissions les plus populaires et polémiques de la chaîne. Le grand public a par exemple assisté dans "Les terriens du dimanche", l'une des déclinaisons du programme, au clash entre Éric Zemmour et Hapsatou Sy, qualifiée d''insulte' à la France par le candidat d'extrême droite. Transféré sur D8 puis C8 par Vincent Bolloré, Thierry Ardisson, qui ne se résout pas à "faire de la télé low-cost", claque la porte du groupe Canal+ en 2019.
Quelques années après son départ, il assumera avec un franc-parler resté intact des divergences politiques avec l'actionnaire du groupe crypté. "En 2019, on n'en était pas encore là. Aujourd'hui bien sûr, je n'y serai pas de toute façon. Ce qui était le plus insupportable, c'était la pression que l'on avait sur les invités. Il y avait non seulement cette radicalisation (idéologique) et cette pression (visant à ne pas contrevenir aux intérêts économiques du groupe Canal+, ndlr) comme si moi, j'étais sa chose. Quand il a vu que je n'étais pas obéissant, il s'est dit 'je vais le virer'", avait-il raconté sur France Inter.
Polémiques, questions déplacées, clashs... Thierry Ardisson n'a jamais souhaité se départir de ses provocations, assumées jusqu'au bout. "Je publie un livre qui s'appelle 'L'homme en noir' (sorti le 7 mai 2025, ndlr), où je dis beaucoup de bien de Laurent Baffie, et où je m'explique sur toutes ces starlettes qui, vingt-cinq ans après, sont choquées par les questions que je leur ai posées à l'époque. (Mais) c'est comme si on jugeait le Moyen-Âge avec les yeux d'aujourd'hui. Je ne m'excuse pas, je ne m'excuserai jamais".

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