Interview
Adrien Gindre, envoyé spécial de BFM TV à Tokyo : "On ne sait pas exactement quel risque on prend"
Publié le 15 mars 2011 à 12:56
Reporter pour BFM TV à Tokyo, Adrien Gindre nous raconte les conditions particulières de son travail sur place où heure après heure, la menace d'un nuage radioactif s'amplifie.
Capture : puremedias.com Capture : puremedias.com

Reporter pour BFM TV à Tokyo, Adrien Gindre nous raconte les conditions particulières de son travail sur place où heure après heure, la menace d'un nuage radioactif s'amplifie. Faut-il oui ou non continuer à couvrir les évènements alors que la France rappatrie ses ressortissants ? Eléments de réponse.

La situation vue de France au Japon sur le risque nucléaire est de plus en plus confuse. Qu'en est-il concrètement sur place ?
Il y a pas mal de confusion en France parce qu'il y a beaucoup de confusion au Japon aussi. Sur une journée, chaque heure, on a de nombreuses informations contradictoires. Les Japonais font avec les informations dont ils disposent au fur et à mesure, ils retransmettent ça aux autorités françaises et à la presse. Mais le fur et à mesure est une notion relative, ce qui est vrai à un instant T peut être faux deux heures plus tard. Même dans l'attitude des autorités, on peut avoir des revirements complets. Par exemple, l'ambassade de France était à la limite du catastrophisme ce matin et elle se veut ce soir assez rassurante.



Vous prenez des risques actuellement pour votre santé à Tokyo ?
On navigue à vue, on ne sait pas exactement quel risque on prend. A Tokyo, officiellement tout va bien mais encore une fois, ça peut changer s'il y a un nouvel incident. On part du principe qu'on ne prend pas de risque d'après les informations qu'on a, d'après les infos de notre rédaction à Paris. Notre source, ce sont les informations des autorités japonaises, qui sont complétées par celles des autorités françaises. C'est en fonction de ce qu'on nous dit qu'on peut adapter notre comportement. Là, on ne prendrait pas de risque, il n'y a pas de nuage radioactif. Il y a eu une radioactivité légèrement supérieure aujourd'hui dans les rues de la ville mais visiblement pas nocive. Ca ne veut pas dire pour autant qu'on va rester là ad vitam eternam. On devrait quitter la capitale demain pour partir plus au sud et être à l'abri s'il y a un nouvel incident qui ferait que Tokyo serait touchée.



Vous êtes angoissé ?
Moi je suis assez serein. Même si le risque radioactif est indolore, inodore, incolore, impalpable...on ne le voit pas, on ne le mesure pas. Ce n'est pas à nous de l'apprécier. Les confrères qui ont pu couvrir les révolutions arabes, c'était à eux d'appréhender la situation. Ici on a pas les clés pour se faire notre propre avis. On bosse comme si de rien n'était en espérant que c'est le cas. On peut à tout instant changer notre manière de nous comporter, cet après-midi par exemple pendant une heure et demi, la rédaction nous a demandé de rester calfeutrer à l'hôtel en attendant d'avoir des confirmations sur l'hypothéthique nuage radioactif. Il y a des principes de précaution à prendre de notre côté ou à l'initative même de la rédaction à Paris.

Comment réagir en cas d'alerte grave ?
C'est très particulier pour un journaliste d'être dépendant de données extérieures dans sa manière de se comporter. C'est une situation hyper particulière où on est pas maîtres de notre appréciation, on ne voit pas le danger, on ne sait pas quand il arrive. Et on ne sait pas, s'il arrivait, comment il faudrait y faire face. Ce matin, l'ambassade de France en était à dire "il ne faut surtout pas aller vers le Sud car si vous prenez votre voiture et que le nuage arrive, c'est pire que si vous êtes chez vous calfeutré à attendre que le nuage passe". Les autorités se contredisent, il n'y a aucun comportement parfait.



La rédaction est prête à vous rapatrier en cas d'incident majeur ?
La rédaction est hyper sensibilisée à la situation. C'est aussi pour les rédactions une situation un peu inédite, on est en lien très étroit avec elle, bien plus que dans une situation normale. Ils nous ont clairement dit que si on ne souhaitait pas rester au Japon, on pouvait partir. Personne ne nous force à continuer à travailler dans ces conditions. On partira toute de suite si la situation se complique, on part demain dans le Sud justement pour s'éloigner des risques potentiels.

Au début de la catastrophe, on a beaucoup vu d'images diffusées par la chaîne publique NHK. Les médias étrangers ont-ils enfin pu investir les lieux pour rendre compte de la situation ?
Pour les médias français, il y a tout le monde, toutes les rédactions télé et radio. Ca ne veut pas dire que les journalistes sont là où il y a les pires situations, les pires images à filmer, les pires histoires à raconter. Parce qu'il y a aussi cette donnée nucléaire qui complique notre position. Des rédactions ont même pris le parti de ne pas envoyer de journalistes dans les zones risquées, d'autres en avaient envoyé et les déroutent face au risque. Dans la région même de Sendai là où il y a les plus gros dégâts et le plus gros risques nucléaire, il y a eu en deux jours une arrivée massive de journalistes et les deux jours qui ont suivi un départ massif. On est vraiment à la limite, il faut faire la part des choses entre rendre compte de ce qui se passe et sauvegarder sa propre intégrité physique.

Mise à jour 16h54 > Les rédactions françaises commencent le rapatriement de leurs envoyés spéciaux.

Par Julien Bellver | Rédacteur en chef
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