Sexe, arrivisme et petit écran
Des préoccupations récentes nourrissent ce nouvel opus grinçant du réalisateur de American Pie et Pour un garçon. Au menu : critique acerbe de la télé-réalité à la sauce Nouvelle Star et allusions non dissimulées au conflit en Irak.
Voici une nouvelle fois un sujet qui n'aurait eu (presque) aucune chance d'être porté à l'écran en France. La télé-réalité semble si loin des canons de l'intérêt cinématographique parisien. Et pourtant… Et pourtant Paul Weitz réussit le challenge de parler avec pertinence à la fois de ce phénomène télévisuel planétaire - représenté Outre-Atlantique par American Idol (devenu ici American Dreamz) - et d'autres éléments qui font la société américaine d'aujourd'hui, George W. Bush, et sa guerre en Irak notamment. Son film fait se croiser les aventures du présentateur vedette de cette Nouvelle Star made in USA, le très mégalomane Martin Tweed (Hugh Grant), celles du Président en personne (Dennis Quaid), clone à la fois attachant et attardé du locataire actuel de la Maison Blanche, et une kyrielle de candidats, choisis parmi la couche la plus déjantée de la société. Un véritable hymne à l'arrivisme et aux simples d'esprit.
Quelques grammes de cynisme…
Son American Pie (réalisé avec son frère Chris) avait déjà réussit à se faire une place à part dans le monde, très formaté et peu enclin à la légèreté, des comédies adolescentes. Film après film, Paul Weitz construit une filmographie atypique, alternant les genres, et parvenant à être toujours plus subtil qu'on pourrait le croire. En cela, American Dreamz ne déroge pas à la règle. C'est une œuvre surprenante, par son sujet et son traitement. On pense à l'Amérique loufoque de Mars Attacks (Tim Burton). Il faut dire que le casting est, là aussi, à la hauteur. Hugh Grant et Mandy Moore (dans le rôle de Sally Kendoo, experte en opportunisme) sont particulièrement convaincants. Et le reste de l'équipe n'a pas grand-chose à leur envier. On retrouve ici des têtes habituelles chez les frères Weitz, tels Chris Klein et Jennifer Coolidge (la maman de Stifler dans American Pie). Bien joué donc, et plutôt bien écrit. Néanmoins, cette satire de la télévision manque légèrement de rythme. Mais le plus gênant, c'est cette impression amère. En effet, le metteur en scène parvient à être suffisamment cynique pour être déprimant, mais pas suffisamment pour être vraiment drôle. Peut-être était-ce l'effet recherché. On ressort de American Dreamz le cœur gros, comme d'avoir vu un ami se perdre sur une mauvaise pente, celle d'une célébrité mal gagnée, par exemple. Reste un long-métrage très respectable, et un cinéaste ambitieux…. au bon sens du terme.