La Belle et le Bête
Luc Besson aime se faire désirer. Voilà des années qu'on craint ses grosses productions (Wasabi, Yamakasi, Banlieue 13) et qu'on attend avec impatience ses réalisations (Nikita, Léon, Jeanne d'Arc…). Son dernier film, Angel-A, marque le retour du Grand Besson derrière la caméra.
Paris en clair-obscur, un dimanche matin le long de la Seine, comme une carte postale en noir et blanc, comme une photo des années 50. Jamel y joue André, petit escroc, citoyen américain après avoir gagné sa green-card à la loterie, un rôle à contre-emploi qu'il maîtrise plutôt bien, un Jamel naturel, sincère, profond, qu'on aimerait voir plus souvent au cinéma.
Il doit de l'argent à tout Paris. Et tout Paris veut sa peau, sa peau mal rasée, mal sapée, sa peau qu'on veut lacérer parce que personne ne veut s'occuper du reste, de son corps, de sa tête. Dernière solution, le suicide. Et puis elle arrive, elle, Angela, Angel-A, cette gourde qui veut se suicider le même jour, sur le même pont. Mannequin, blonde, elle a une jupe aussi courte que ses jambes sont longues et une terrible envie d'en découdre avec la vie. La rencontre, improbable, n'en est que plus belle. Ensemble, ils s'efforcent de redonner un sens à leur vie. Pas facile, quand la confiance en soi est une valeur oubliée. Alors l'ange blond fait tout pour aider le petit rabougri, à grand renfort de méthodes immorales pour un film qui, finalement, le serait presque un peu trop. La Belle et la bête version Besson.
Un film sans artifices
C'est vrai que Luc Besson ne s'est pas cassé la tête dans le scénario, les métaphores et le suspens. Pas besoin de chercher longtemps pour comprendre ce que font les personnages, où ils vont et quel est le message qu'il veut délivrer. «Aimes-toi toi même, les autres t'aimeront». Ta grand-mère aurait dit «souris à la vie, la vie te sourira». A côté de ça, on trouve des dialogues croustillants, une pointe d'humour omniprésente, de la poésie et des décors simples mais magnifiques. Le choix du noir et blanc et l'angle de vu choisi par Luc Besson sublime Paris et transforme le film en une succession d'images façon Doisneau. Pour les décors intérieurs, on en viendrait presque à regretter le choix du réalisateur tant on les imagine colorés et travaillés.
La fin, un peu simpliste, un peu grotesque, n'enlève rien au charme du film. Un film simple mais beau. Simplement beau.
Déception, voir du foutage de gueule. Oui, il y a de belles musiques, l'image est magnifique, Jamel est excellent… Mais 9€ et 1h30 pour juste dire « il faut s'aimer », c'est de l'arnaque. Besson nous livre un film niais et poussif.