La vie rêvée d'
De la musique à l'eau de rose, les décors en velours pourpre, le manoir enneigé, les personnages-type, à Sultan le lévrier afghan d'Angel, aux robes de princesse ou au générique en lettres ombrées fushia… Dans
Angel, tout est kitsch. Mais ça n'est pas déplaisant.
Dès le départ, le pitch de cette adaptation d'un roman d'Elizabeth Taylor n'inspire pas confiance : Angel Deverell, jeune écolière anglaise vit au dessus de l'épicerie de sa mère dans une ville de province. Mais Angel rêve d'une autre vie, faite de succès et de gloire. Ce pour, elle écrit son premier roman
Lady Irania avec rage et passion, enfermée dans sa chambre. Et puis, enfin, sa vie prend une tournure romanesque. Angel trouve un éditeur, vend des milliers de romans, rencontre l'amour en la personne d'Esmé, un peintre torturé et peu fiable, et s'installe à Paradise House, le gigantesque manoir qui hantait ses rêves d'enfant. De pimbêche peu aimable et dominatrice, Angel devient une jeune femme fantasque et séduisante. La guerre vient perturber cet équilibre angelesque : Esmé l'abandonne et ses livres d'un autre temps ne se vendent plus. Mais Angel continuera à vivre murée dans le faste de Paradise, à écrire des romans pacifiques jusqu'à ce que son mari coureur et alcoolique se pende dans l'atelier qu'elle a fait construire pour lui et que le monde s'effondre. La pauvre créature meurt ainsi soudainement de chagrin, comme une poitrinaire d'un roman de Zola pour avoir poursuivi un chaton pieds nus dans la neige, en prononçant solennellement les dernières paroles de Lady Irania à sa secrétaire.
Une audacieuse entreprise
Le tout produit une sorte de relecture osée d'
Autant en emporte le vent 2007. François Ozon ose. Dans la salle, les autres spectateurs avaient l'air très sceptiques. Pourtant, derrière l'apparente candeur de la métaphore des splendeurs et misères de la vie d'Angel Deverell, s'inscrit (je crois) une métaphore assez revendicative du cinéma et de la figure de l'actrice («Toutes mes expériences avec des comédiennes ont nourri l'écriture d'Angel» expliquait Ozon dans la presse) voire même, pourrait-on presque avancer, du droit à un cinéma figuratif et baroque. On peut aussi voir en Angel une assez sombre interprétation « en creux » du thème de la guerre, illustrée par la peinture sordide d'Esmé et le basculement des normes esthétiques. Ceux qui ne suivront pas tout à fait Ozon dans son audacieuse entreprise lui reconnaîtront au moins la clairvoyance d'avoir refusé le rôle à Nicole Kidman au profit de la surprenante inconnue Romola Garai.