Même les taupes ont du vague à l'âme
Une fois n'est pas coutume, un film sort en salles après son passage sur Canal +. Cette histoire d'agent infiltré dans l'ETA réunit un casting franco-espagnol autour d'un réalisateur… franco-espagnol. Changement de genre pour Miguel Courtois (Un ange).
Le plus compliqué lorsqu'on est une taupe, c'est de devoir se rappeler à chaque moment comment on est censé s'appeler. Ce qui est certain, c'est qu'Eduardo Noriega se débrouille plutôt bien à ce jeu. En même temps, les terroristes d'ETA et les agents des services secrets sont assez gentils pour ne pas lui tendre de piège, ou si peu. Essayons de faire le point sur les identités de monsieur Noriega : il interprète donc un jeune basque, Txema, qui possède une petite entreprise de bâtiment. Ayant rendu un service à des amis appartenant à l'organisation indépendantiste, il est arrêté et se voit proposer un job. Taupe. Qui peut refuser une opportunité pareille ? Pas lui. Il devient rapidement Loygorri, un cadre d'ETA, et renseigne les services secrets espagnols, sous le pseudonyme d'El lobo (le loup). Au passage, il fait connaissance de la dangereuse Amaia (Mélanie Doutey) et du charismatique Nelson (Patrick Bruel).
Regards croisés sur le terrorisme
Hasard du calendrier, El lobo subit la difficile comparaison avec le récent Romanzo criminale, sur un sujet similaire. Terrorisme basque d'un côté, d'extrême gauche de l'autre. Et à cet exercice Miguel Courtois s'en sort moins bien que son homologue italien. Non que son film soit mauvais, loin de là. Pris un par un, les acteurs sont tous très bons, Mélanie Doutey en tête, qui dévoile un nouvel aspect de sa personnalité. Mais là où Michele Placido livrait une histoire dense et poignante, Courtois peine à créer des rapports entre ses personnages. Les relations sont à peine esquissées que déjà la scène est terminée. C'est ainsi que l'on ne découvre que sur le tard le lien presque filiale entre Lobo et l'un des policiers. Les personnages manquent tout simplement d'épaisseur, à commencer par Txema/Lobo.
Les histoires vraies demandent un dosage très sûr entre spectacle, sobriété et fidélité aux faits, surtout pour restituer une ambiance aussi singulière que celle-ci. On ressort avec l'impression d'avoir vu un très bon docu-fiction, là où on aurait pu vivre un vrai moment de cinéma, et ressentir plus intensément le danger des cette incroyable situation. Au final, on aura au moins appris une chose : Eduardo Noriega ne doit plus jamais se reteindre en blond.