Enfermez le !
Déjà 10 ans que je règle tous mes problèmes à coups de pelle, 7 ans que je prie chaque soir pour savoir qui a tué Momo. Si vous ne comprenez rien à tout ça, dépêchez vous de visionner les films d'Albert Dupontel et courrez voir Enfermés Dehors, sa dernière réalisation en date.
Après s'être shooté à la colle et avoir fait du trampoline contre les murs, Roland, un sdf, voit un policier se suicider. Il trouve sa valise remplie d'uniformes et se rend au commissariat afin de la restituer. Ejecté comme un mal propre, il s'habille en flic pour aller manger à la cantine de la gendarmerie. Il comprend vite que l'uniforme permet tout, et commence à jouer au justicier. Il croise une maman qui se bat pour récupérer sa môme, retenue "en otage" chez ses beaux-parents. Un quiproquo le fera suspecter Duval-Riché, homme important de la finance.
Après Essaye-moi, Enfermés dehors permet de continuer à croire qu'il est possible de faire de bonnes comédies en France. Un sommet d'énergie et d'humour (pas si noir que ça) fait plaisir à voir. Dupontel a déjà prouvé qu'il était capable d'aller loin dans la folie destructrice (Bernie) et dans la névrose abyssale (Le Créateur), ici il démontre qu'il peut nous attendrir. On ne peut pas s'empêcher de penser à une version mise à jour un poil éloigné du vagabond Charlot, notamment lorsqu'il a le réflexe de récupérer de vieux mégots.
Dupontel : acteur réalisateur efficace
Dans un univers coloré et acidulé, méchant et tendre à la fois, Roland illustre l'expression "s'en prendre plein la gueule" et se relève à chaque fois. Un vrai personnage de cartoon qui subit une surenchère de cascades, se fait aplatir par une armoire et se retrouve en plein trip à l'aide d'une bonne dose de colle. Les scènes se suivent à un bon rythme, à part un petit ralentissement ici et là, jamais on ne s'ennuie. Les idées s'enchaînent dès le début du film. Comme à son habitude, on a droit à des plans subjectifs improbables (de la vue de Roland défoncé, en passant par la vue d'une balle de pistolet à la vue d'un chien) ainsi que des plans séquences assez réussis assurés par le chef opérateur de Irréversible et Calvaire. Côté casting, Albert nous gâte avec l'excellente Claude Perron, mère prête à tout, comme balancer des godemichés sous la fenêtre des beaux-parents pour faire rire sa fille. Nicolas Marié interprète Duval-Riché. Ce banquier qui n'a rien à voir avec toute cette histoire est confronté à Roland et son équipe : métaphore des deux mondes que tout oppose (dixit Duval-Riché «ça n'est pas parce que je suis riche que vous êtes pauvres !»). Les acteurs de la troupe des Deschiens et les guest stars marquent les esprits (Terry Gilliam, Terry Jones, Bouli Lanners, Jackie Berroyer…).
Un pur plaisir. D'ailleurs que faites-vous encore là ? Allez vous enfermer dans un cinéma !
ENFERMES DEHORS
Moins virulent que "Bernie" ou "Le créateur", plus tendre, voire légèrement naïf. Un chouïa décevant donc mais tout à fait jubilatoire et vraiment drole. La France a de la chance d'avoir un type comme Dupontel pour dynamiter un peu la "comédie" française.
Déjanté et poétique
Déjanté, poétique, utopiste, délirant, humaniste, débridé, surréaliste... bref jubilatoire. Un cartoon social à voir absolument.