Brouillon & Dragon
Eragon. Et quand on change une lettre, ça fait dragon. Génial non ? Voilà, vous avez découvert toute la subtilité de ce film.
La vague de l'Héroic-Fantaisy était lancée, il suffisait de surfer dessus. Harry Potter titille la ménagère de moins de cinquante ans avec sa baguette magique, Narnia enchante les plus petits et
Le Seigneur des anneaux s'est hissé au sommet du genre. Bref, plus beaucoup de place pour un nouveau film et pourtant, on savait que ça allait marcher. Parce qu'un dragon et quelques coups d'épée suffisent généralement à rentabiliser une licence.
Eragon était né, pour le meilleur et pour le pire.
Alors on commence avec une voix off sur de jolis paysages montagnards, une histoire pleine de sorciers, de temps troublés, de gentils et de méchants. Arrive Eragon (un gentil, parce qu'il est beau), et on comprend qu'il va bientôt devoir se battre contre Galbatorix (un méchant, parce qu'il est moche et qu'il a un nom stupide digne de rivaliser avec le Mage Profion de Donjons & Dragons pour le record du nom le plus ridicule). Pour l'aider, il y a le dragon Saphira, joliment modélisé mais qui nous fait gentiment marrer avec la voix de Rachel Weisz, douce mémère certes très bonne actrice mais qu'on a envie de secouer car sans aucune crédibilité dans ce corps de dragon. S'en suit un scénario de mauvais jeu vidéo, où le héros doit aller d'un point A à un point C, sans oublier de passer par le B (dans l'ordre, ne vous inquiétez pas, nos bons vieux jeux Atari étaient plus complexes), une succession de scènes de deux minutes qui ne laissent pas le temps aux personnages de s'incarner ni à l'histoire de prendre forme.
Eragon ressemble alors rapidement à un extrait d'Ushuaïa nature, avec ses vues de la montagne filmées en hélico et ses chevauchées épiques (les personnages passant les trois quarts de leur temps à cavaler entre chaque point de l'histoire).
Mauvaise série B
Et puis arrive l'action. On décroche quand la première flèche magique dégomme trente méchants d'un coup (rappelez-vous, ceux qui sont laids), et on explose de rire quand Eragon teste ses sortilèges à deux balles qui ne fonctionnent même pas à tous les coups («Non tu ne mourras pas, mes pouvoirs vont te sauver !... Ah non, raté, désolé.»). Les scènes de vision infra-rouge, comme dans une mauvaise série B (attention, magie, toi spectateur, tu vois comme le dragon !) ne nous apportent aucune information, si ce n'est que cette brave Saphira devrait s'acheter des lunettes. Et comme un film d'Héroic-Fantaisy ne serait rien sans son attaque de forteresse, on a le droit à un mini-remake (parodie ?) du gouffre de Helm, avec, top chrono, deux minutes de préparation, trois figurants, une scène héroïque («Moi, Eragon, je tire mon épée qui brille et le dragon crache du feu à côté») et dix minutes à tout casser de baston mal filmée. Dans ce fatras sans âme, notre joyeux casting (comprenant, minorité oblige, un roi noir et une princesse guerrière qui dégaine une arme 30 secondes sur tout le film) semble s'ennuyer ferme. Donjons & Dragons, qu'on croyait être le plus mauvais film du genre, a maintenant un concurrent de taille.
Et quand ce bon divertissement est terminé (car, comme Narnia et contrairement à son image de film familial,
Eragon s'adresse avant tout à un public d'enfants), quand son lot de gags (parfois amusants, il faut l'avouer) est passé, on se dit qu'il reste encore deux épisodes avant de connaître la fin. Le temps pour Eragon d'emballer la fille et pour la 20th Century Fox de faire exploser la cagnotte.