Le cinéma se souvient du Rwanda
Plus de 10 ans après le génocide rwandais, à défaut d'un film français, c'est une œuvre anglo-saxonne, sobre et poignante, qui vient témoigner de l'horreur.
Paul Rusesabagina, l'homme qui a inspiré ce film, a attendu longtemps avant d'accepter de raconter son histoire. Le temps de digérer tout ce qui lui est arrivé. Ensuite, malgré les propositions de documentaires, puis de téléfilms, il a encore repoussé le moment du récit. Pourquoi ? Quitte à rouvrir ses blessures, Paul Rusesabagina voulait toucher le plus grand nombre, raconter pour ceux qui ne peuvent plus le faire l'absurdité et la violence qui se sont déchainées l'espace de quelques semaines dans ce petite pays de la région des Grands Lacs.
C'est l'occasion qui lui est donnée aujourd'hui, avec Hotel Rwanda. Pour rendre compte de la tentative d'extermination des Tutsis par les Hutus, on suit le parcours de cet homme (interprété par Don Cheadle), manager d'un hôtel de luxe à Kigali qui, grâce à ses contacts occidentaux et tout d'abord un peu malgré lui, va voir son établissement transformé en refuge de la dernière chance pour des familles menacées par la guerre. Et devenir un héros, au vrai sens du terme.
Un film nécessaire et à méditer
Sobriété est le maître-mot de ce long métrage. Plutôt que de chercher à tout montrer, le réalisateur s'est concentré sur quelques personnages principaux, avec l'aide d'acteurs tous impeccables. Ceux-ci ne sont d'ailleurs jamais mis en avant par rapport à l'action, malgré leur statut de star (on pense bien sûr à Nick Nolte et Joaquin Phoenix).
Au fil d'une histoire palpitante, on comprend, en même temps que les victimes, l'ampleur du drame, tout aussi incrédules et impuissants qu'eux, mais bien assis dans notre fauteuil.
Alors comme souvent, on constate que le destin d'un individu, pour peu qu'il soit filmé avec talent, prend une portée universelle bien mieux qu'une grande leçon de morale. Et en sortant, on se sent mal à l'aise avec sa conscience, et sa vie d'occidental pas si compliquée.
Passé ce trouble, il reste une constatation assez triste. Le cinéma français a toujours eu du mal à parler des conflits impliquant la France. Pudeur mal placée ? Quand on voit les grands films américains dénonçant la guerre du Vietnam, de Apocalypse Now à Forrest Gump, en passant par Voyage au bout de l'enfer, on peut se poser sérieusement la question. N'est-ce pas l'un des rôles du cinéma que de questionner les grands évènements du moment ? Les dix années écoulées depuis les massacres au pays des Mille Collines n'ont-elles pas suffit pour réfléchir sur le sujet, et témoigner pour les victimes ? Il faut croire que non. Et en déduire que, dans certains domaines, la France a encore des progrès à faire vers la démocratie.