Avec un duo moins fort qu’espéré, Francis Veber nous ressort le même film qu’à chaque fois, mais sans avoir toute la force des "Compères" ou d’un "Dîner de cons".
Une indigestion de François Pignon
C'est comme le même film, encore et encore. Comme
L'Histoire sans fin, qu'on revit à chaque fois. Trente ans que Veber nous ressert réchauffé, plus ou moins épicé, le même plat qu'on finit par aimer sans vraiment y trouver son compte. Un peu comme une grosse assiette de coquillettes, celles qu'on mange chaque semaine, qu'on croit trouver agréable mais qui est finalement sans saveur.
Car
L'Emmerdeur, on l'a déjà vu. Pas forcément au cinéma, dans la version avec
Lino Ventura et
Jacques Brel, ni même au théâtre, dans la pièce qui a fait un succès à Paris, mais ailleurs, dans sa collection de DVD, entre
Les Compères et
Le Jaguar. Des titres de films construits sur la même base étymologique, des personnes qu'on connaît, qu'on a croisées tous les ans, à Noël sur nos écrans, des noms déjà entendus.
Revoilà, encore une fois, François Pignon. Il nous fait rire à chaque fois, ce brave François. Il nous a fait rire dans
La Chèvre, il nous a fait rire dans
Le Dîner de cons, mais Timsit, ici, n'a pas la puissance des ses semblables. Il est drôle, mais il lui manque cette folie, cette bêtise qui élevaient
Jacques Villeret ou
Pierre Richard. Il manque la finesse des mots, la sensiblerie des situations, pour que
L'Emmerdeur puisse être autre chose qu'un banal remake.
« Trop de Pignon tue le Pignon »
On en prend des différents, donc, et on recommence. On recommence avec un mec pas si gentil (
Richard Berry, tueur professionnel) et un Pignon boulet si perturbant qu'on finit par avoir pitié de sa victime (
Patrick Timsit, photographe en mal d'amour). Cette fois, pour justifier un nouveau film, pour que le public ne crie pas trop vite au foutage de gueule, Veber a décidé d'aller vers plus de noirceur, avec un Pignon plus égoïste que les autres, plus tourné vers son nombril, le photographe qui finalement ne regarde que lui ; et un emmerdé qu'on n'a pas envie d'aimer a priori, un tueur un peu froid, sans grand charisme, en tout cas moins que l'acteur qui l'interprète ici assez platement.
La rencontre improbable est explosive, les gags s'enchaînent, surenchérissent, les mots fusent, les situations débiles s'accumulent. Au milieu, des running gags bien sûr, ceux qu'on voit venir, dont on sourit avant de les comprendre.
L'Emmerdeur est un film de la génération steak haché, déjà pré-maché, dont on connaît la fin, dont le résultat est sans intérêt mais plus simple à avaler. Un film du dimanche après-midi, sous la couette, comme on pourrait se faire un paquet de pop-corn trop sucré. Alors certes,
L'Emmerdeur est gentiment drôle. Drôle comme un film de Francis Veber, mais vraiment pas comme son meilleur.