Droit dans le mur ?
En mai dernier, L'Enfant a reçu la Palme d'or du festival de Cannes, faisant entrer les frères Dardenne dans le club très fermé des double-palmés.
Sonia et Bruno viennent d'avoir un petit garçon, Jimmy. Ils vivent au jour le jour, en partie grâce aux petits vols que Bruno organise avec deux gamins du coin. Leur relation est très impulsive, ils passent leur temps à se battre, se courir après, se mordre, tout ça autour de ce bébé dont personne ne semble réellement se préoccuper.
Mais lorsque Bruno prend la décision de vendre le bébé pour le faire adopter, on découvre l'amour de Sonia pour son fils et c'est toute leur vie qui part à la dérive.
Les frères Dardenne nous emportent une nouvelle fois à la rencontre de personnages oubliés de la vie, dans des décors de friche industrielle si incompatibles avec l'espoir.
Sans artifices, mais pas sans surprises
Difficile de ne pas penser à Rosetta en voyant Sonia, son air déterminé et son allure de pauvresse. Difficile aussi de ne pas s'attacher à Bruno, malgré son mode de vie, sa lâcheté, ses mensonges permanents. Et cette façon qu'ils ont tous les deux de faire semblant de pouvoir assumer cette vie et cet enfant.
Il n'y a pas d'artifices dans le cinéma des Dardenne, pas de musique, jamais, pas d'éclairage, juste la caméra à l'épaule qui suit les visages sans les lâcher. Cette caméra qui ne prend un peu de distance que pour mieux mettre en évidence les faiblesses de ces personnages, leur incapacité à vivre selon les normes, peut-être aussi pour nous laisser un peu de place dans ce film difficile, nous inviter à suivre l'histoire jusqu'au bout.
La violence vous saisit dès les premières images, où Sonia découvre que Bruno a loué son appartement pour la semaine, et ne vous lâche plus jusqu'au bout du chemin. C'est d'abord les coups de pied sur la porte de l'appartement, c'est aussi la violence enfantine de leurs rapports, et ce téléphone qui sonne encore et encore lors de l'échange de l'enfant.
Au contraire de Rosetta, ici c'est Bruno qui occupe le centre de l'histoire. Et on donnerait cher pour savoir ce qui peut bien se passer dans sa tête. Et y trouver peut-être une bonne raison de l'excuser pour toutes ses petites et grandes lâchetés. Mais, à voir les dernières minutes du film, on finit par penser que ces deux là n'ont pas vraiment besoin de nous pour s'en sortir.
Un film dense donc, sans grands effets, mais qui ne se laisse jamais aller à l'apitoiement. Un seul conseil : venez consacrer 1h35 à ces deux là, c'est un vrai voyage humain, et ils peuvent vous surprendre.