Tanovic sort l'artillerie lourde
Après son Oscar pour No Man's land, film essentiel sur le conflit en Bosnie, Danis Tanovic s'attaque à un scénario de Krzysztok Piesiewicz. Le résultat est très décevant.
Et si Danis Tanovic avait visé trop haut ? Pour son deuxième film, le cinéaste bosniaque s'est appuyé sur un scénario signé par le scénariste attitré de Krzysztof Kieślowski (brillant cinéaste polonais mort en 1996). Un scénario dramatique dans lequel il est triplement questions de larmes. Les larmes de Sophie (Emmanuelle Béart) qui tente désespérément de rattraper un mari coureur ; celles versées par sa soeur Céline (Karine Viard) qui lutte contre ses névroses entre deux visites chez son abominable mère (Carole Bouquet) ; et, enfin, celles qui coulent sur les joues de la cadette, Anne (Marie Gillain) qui n'arrive pas à oublier sa romance avec son prof d'histoire. Et encore ces femmes n'iraient pas trop mal si un jeune homme ne faisait pas irruption dans leur vie ramenant avec lui le mystère entourant le suicide de leur père.
Pièges du genre
Le scénario on ne peut plus dramatique pourrait séduire s'il n'était servi par une réalisation pesante. En quittant la Bosnie pour venir tourner L'Enfer en France, Tanovic a perdu sa finesse de réalisateur. Sous couvert de modernité, il use et abuse de gadgets de réalisation du plus mauvais effet quand ils ne sont pas maîtrisés. Rien ne nous est épargné : changement de couleur pour chaque personnage, métaphores animalières lourdes et redondantes...
Le joli casting ne parvient pas à repêcher l'ensemble. Les quatre comédiennes ne semblent pas être dirigées et frôlent parfois la caricature. Dommage car les personnages sont touchants mais cela ne prend pas. En définitive tout cela manque cruellement de finesse et de modestie. Résultat : un film sans émotion. Un comble quand on relit l'intrigue...