Le pari fou d'un idéaliste
Depuis 1982, Gianni Amelio ne cesse de séduire les spectateurs et les professionnels du septième art. Il n'est alors pas étonnant de constater que son nouveau long-métrage, un drame sentimental aux airs de road-movie, confirme son talent. Frôlant le documentaire, Amelio dresse avec émotion le long périple d'un manutentionnaire italien, s'aventurant en terre chinoise afin d'éviter une catastrophe industrielle.
Dès le début du film, on sent une volonté chez le réalisateur de porter le spectateur au côté du mystérieux Vincenzo Buonavolontà, interprété par l'époustouflant Sergio Castellito. Son voyage initiatique au milieu d'une Chine en pleine effervescence économique est aussi le nôtre. On découvre alors, au même titre que notre aventurier, que la situation du pays est ambiguë. Il ne s'attendait pas à voir tant d'oppositions au sein d'un même pays. À son arrivée, il ne peut que contempler les effets d'une mondialisation grandissante avec ses buildings de plus en plus nombreux et ses splendides bureaux. Très vite, il se trouve face à l'autre image de la Chine, peut-être celle qu'il se représentait le moins bien. Il est alors confronté au logement précaire, au problème de la surpopulation et aux moyens de transport parfois chaotiques. Amelio parvint donc à décrire deux visages de la Chine, sans jamais tomber dans la caricature.
L'humanité comme note d'espoir
De plus en plus affaibli au cours de son périple, notre voyageur est porté par la bonté de ses rencontres, et l'espoir qu'elles reflètent, brillamment mis en valeur par le réalisateur. Liu, une interprète chinoise, tient à accompagner Vincenzo tout le long de son trajet et fait tout son possible pour l'aider à atteindre son but, sa grand-mère même ne manquant pas de le soigner à son arrivée dans le village natal. La police, qui au départ arrête Vincenzo, tente même de trouver des informations pour localiser l'usine qu'il recherche. Enfin, le fils de Liu, de par sa candeur et son innocence, parvient à redonner espoir à Vincenzo et à envisager un avenir meilleur. A la fois accueillante et solidaire, la population locale surprend le personnage par la sincérité qu'elle dégage, et émeut le spectateur par la même occasion. Cependant, le spectateur peut se laisser bercer en suivant Vincenzo de pirogue en train, le long de paysages parfois sombres et hypnotiques. Ne soyez pas inquiets, Amelio a le don de placer les valeurs humaines au-delà des dommages sociaux rencontrés par la Chine, ce qui est le plus touchant.