L'art et le maniérisme
Brian De Palma adaptant une œuvre de James Ellroy. LA rencontre qui fit baver d'impatience toute une flopée de cinéphiles pendant de longs mois, et qui pouvait surtout déboucher sur un grand film. Le constat n'en sera que plus violent : on assiste, deux heures durant, au spectacle d'un artiste en pleine dépossession de ses moyens.
Le Dahlia noir n'est pas mauvais. La photographie sépia et la qualité des décors crédibilisent la reconstitution de cet Hollywood des années 40. Les acteurs donnent vie à leurs personnages malgré l'appréhension quant à certains choix concernant le casting (Josh Hartnett, habituellement fade, s'en sort très bien). Les cadrages, le montage, les focales font qu'on ne peut pas crier au navet. Ce film est beau. Aussi beau que désincarné. Non,
Le Dahlia noir n'est pas mauvais, il est simplement raté. A cause de cette foutue étincelle censée embraser l'univers d'Ellroy via le regard De Palmien, mais qui n'arrive jamais. La montagne accouche d'une souris. Rarement cette expression n'a été aussi bien illustrée.
Déjà vu, et en mieux
La faute à qui ? On peut la rejeter sur le scénariste Josh Friedman, pour avoir tant et si bien brouillé les tenants et aboutissants de l'affaire, qu'il nous offre un dernier acte, confus et embrouillé, dont les révélations sont bombardése au spectateur après 90 minutes de compte-gouttes ; l'intrigue se resserrant principalement sur le triangle Hartnett-Johansson-Eckhart. Sur ce point, Brian Helgeland, scénariste de
L.A confidential (autre adaptation d'un roman fleuve d'Ellroy), confirme qu'il est pour l'instant le seul a avoir su relever le défi : rendre limpide un récit qui multipliait les personnages, intrigues et rebondissements et ce, en respectant l'univers de romancier…
Mais ne nous voilons pas la face, le ratage vient principalement du réalisateur. De Palma confirme après le bancal
Femme fatale et le désastreux
Mission to Mars, qu'il devient progressivement l'ombre de lui-même.
Le Dahlia noir se trouve être un agencement des figures De Palmiennes pour le meilleur quelquefois et souvent pour le pire. Si le cinéaste réussit une fois de plus à mettre son spectateur en position de voyeur, et exécute une séquence de meurtre absolument brillante renvoyant autant à Vertigo qu'aux Incorruptibles, il échoue malheureusement sur les autres tableaux. Qu'il aborde la question du point de vue manquant mais crucial (thématique qu'il illustrait encore parfaitement dans
Snake Eyes, son dernier grand film), l'approche de la femme fatale (Hilary Swank sous exploitée), ou tente de rendre son film sulfureux par un érotisme toc de seconde zone – un comble ! - et un meurtre immonde à peine évoqué, il ne résulte de ces autocitations, qu'un sentiment de vanité. A l'image de ce plan séquence (dont De Palma est pourtant le maître), présentant la famille Linscott du point de vue subjectif de Bucky Bleichert, totalement injustifié. De Palma, au mieux se répète, au pire bafouille et bégaye et ne lâche que rarement les proses dont il a(vait) le secret. De Palma se fait vieux en somme. Le fan, lui, préfèrera rendre les armes et visionner de nouveau
L.A confidential, confirmant du coup son statut de chef d'œuvre.
Labyrinthe scénaristique
Ce labyrinthe scénaristique aura raison de la patience de nombreux spectateurs. Les intrigues secondaires se multiplient, alors que celle du mystère du Dahlia Noir est, à seule, fascinante. La beauté des images et le charisme des acteurs ne rattrapent pas le tout. Dommage.