La quête mystique de Juliette et Abel
Après plus de quatre ans d'absence, Abel Ferrara revient avec un film-réflexion sur la religion, le cinéma et l'amour. Il le présente comme une réaction à La Passion du Christ de Mel Gibson. La 62ème Mostra de Venise lui a décerné le Lion d'Argent.
On parle beaucoup du retour aux valeurs traditionnelles face à l'avènement de la mondialisation et de l'individualisme. La religion au secours de la société ? Serait-ce le début d'une nouvelle période mystique ? Comme chaque fois qu'un sujet fait débat, le cinéma a tôt fait de s'en emparer. Ainsi, une bonne partie d'Hollywood ne jure plus (c'est mieux d'ailleurs, jurer c'est mal) que par les films religieux, allant jusqu'à détourner Le Monde de Narnia en parabole christique.
Avec Abel Ferrara, on est loin de Los Angeles et de ses recettes miracles. Le réalisateur new-yorkais nous offre une réflexion dense et troublante sur les évangiles, mêlant passé et présent, fiction et documentaire.
Marie Palesi (Juliette Binoche), une actrice réputée difficile à gérer, voit sa vie transformée par le tournage de This is my blood où elle interprète Marie-Madeleine. Profondément troublée, elle laisse derrière elle sa vie d'étoile montante et part à Jérusalem, sur les traces de « la » seule disciple de Jésus. Son parcours singulier va avoir une étrange résonance sur la vie du metteur en scène du film, Tony Childress (Matthew Modine) et celle d'un journaliste new-yorkais, Ted Younger (Forest Whitaker).
2000 ans, et toujours troublant
C'est un long-métrage exigeant que ce Mary, une histoire qui demande de l'implication de la part du spectateur. Car Abel Ferrara n'essaye pas d'imposer un message, ce n'est pas son genre. Il donne des éléments pour comprendre, ou au moins pour chercher. Et dans cette démarche, il est aidé par ces véritables « monstres » de cinéma que sont Forest Whitaker et Juliette Binoche. En les voyant vivre ces vies « pour de faux », on ne peut s'empêcher de penser que ces rôles ont été plus éprouvants que bien d'autres (il semble d'ailleurs, qu'à l'image de son personnage, l'actrice française ait été fortement marquée par le tournage).
Autour d'eux, le reste du casting est un vrai bonheur, qui vient confirmer le talent de Matthew Modine dans un double emploi impressionnant, et rappeler que Heather Graham n'est pas qu'une blonde insignifiante de plus. Sans oublier Marion Cotillard, dont la filmographie récente ferait baver de jalousie n'importe quelle star internationale, et à juste titre.
Chacun verra dans Mary autre chose que son voisin, et c'est bien ainsi. C'est une chose très personnelle que le rapport à Dieu, et c'est un grand talent que d'être intéressant tout en laissant assez de place au spectateur pour faire son propre film, en quelque sorte. Une expérience à vivre en tous cas.