Le bon, la brute et le truand
Cinéastes majeurs s'étant égarés dans deux films mineurs (
Ladykillers et
Intolérable Cruauté), les frères Coen livrent ici un pur bijou, le meilleur d'une filmo déjà riche en grands films en plus d'être la première claque de 2008. Ca va saigner...
Les frères Coen se sont un peu perdus pendant les années 2000. Non que leurs derniers opus soient des nullités à oublier, loin de là, mais force est de reconnaître qu'ils nous avaient habitués à une norme de qualité bien supérieure un peu en déclin depuis le sublime The Barber en 2001.
Ainsi, l'intro de
No country for Old Men rassure. Non, les frangins surdoués ne se reposent pas sur leurs lauriers et prouvent une fois de plus qu'ils comptent parmi les plus grands réalisateurs U.S contemporains. Hormis le sujet propice à un polar aussi noir que jubilatoire où la violence sèche côtoie un humour à froid sans que l'un écrase l'autre, les cinéastes scrutent et interrogent une fois de plus leurs pays et l'évolution de sa violence selon trois points de vues différents. Celui d'un shérif désabusé et déphasé (Tommy Lee Jones, parfait une fois de plus) témoin lucide d'une époque qu'il ne comprend pas, nostalgique d'une époque (le Far West) et de règles désormais abolies au profit d'une sauvagerie sans queue ni tête qui précipite un peu plus un monde au bord du chaos. Sauvagerie caractérisée par un tueur monolithique et sans âme symbolisé par un Javier Bardem, incroyable en être à la fois terrifiant dans sa froideur et grotesque par son look (voir sa coupe de cheveux qui n'a rien à envier à celle de Mireille Mathieu) dont le seul plaisir est de décider à pile ou face le sort de ses victimes. Au centre, un pauvre type, poissard fini à qui la chance semble sourire enfin quand il trouve un sac d'argent sur la scène d'un massacre impliquant une mafia d'Amérique du Sud. Interprété par un Josh Brolin ultra charismatique, ce personnage ne tue que si la situation le demande.
Into the Wild
Trois personnages centraux, trois visions de la violence et de la justice, trois points de vues qui vont tout au long du film se confronter, s'effacer, s'annuler pour s'achever sur une note amère. Jeu de massacre nouvelle génération (l'action se passe au début des années 80) dans le cadre de la mythologie américaine, le film se déroulant dans les grandes étendues désertes sublimement cadrées et photographiées du Texas ce qui donne un relief de Western au film, le récit gagne progressivement en densité et en profondeur.
Comme souvent dans les films des frères Coen, personne ne sortira gagnant de cette histoire et les cinéastes, sous couvert d'une ironie mordante, mettent le doigt où ça fait mal en disséquant une société qui se bouffe de l'intérieur, ou les règles et principes, la nostalgie et le passéisme se détruisent devant le néant et la bassesse des hommes. Et l'impression, pour le spectateur, de tenir là plus qu'un grand film. Car oui,
No country for Old Men est un véritable classique en devenir.