Il est mort le soleil !
Après le sympathique mais mineur
Millions, Boyle frappe de nouveau dans le cinéma de genre après l'excellent
28 jours plus tard en s'attaquant cette fois à la S-F. Malgré quelques imperfections, l'ensemble reste très solide et se trouve être le meilleur film du genre depuis des années lumières…
Le soleil se meurt. Le dernier espoir de l'humanité est un groupe d'astronautes détenant une tête nucléaire pouvant rallumer l'étoile à l'agonie. Non ! Rangez moi ces violons et Ben Affleck. Même si le pitch peut faire penser à l'
Armageddon de Michael Bay (aucune connotations biblique… quoique), les premières minutes de
Sunshine rassurent quant à la note d'intention de Boyle. Ici, pas de patriotisme béat, pas de grosses déconnades entre deux pauses kleenex, pas de stéréotypes ambulants, pas d'Aerosmith meuglant en plein générique de fin.
En lieu et place, un traitement à la fois rigoureux, sobre (du moins dans la première heure du film) et ponctué de moments incroyablement beaux, notamment dans les sorties dans l'espace et les confrontations de l'équipage face au soleil. Le scénariste Alex Garland offre une poignée de personnages attachants car simples mortels au dessus de tout. De la Terre, du ciel, et surtout de Dieu, et tenus comme futurs responsables de la mort de l'humanité si un rouage bloque la machine. Tous portent le poids d'un fardeau trop lourd pour eux. Pas de patriotisme béat donc mais une énergie du désespoir, une fatalité quant à leurs destins sacrificiels qui les sauvent du portrait archétypal de leurs fonctions primaires (scientifiques, mathématiciens…). Et ce même si certains s'affranchissent de raison à l'approche de la source originelle, on retrouve alors le thème de la dépendance cher à Boyle (que ça soit à la drogue dans
Trainspotting, à une vie plus dangereuse dans
La Plage), à l'image de ce membre d'équipage qui se shoote littéralement au rayons solaires.
LET THE SUNSHIIIINE
Et puis l'imprévu de plus (de trop ?), la dernière demi-heure glisse brutalement du film de SF existentiel au film d'horreur dans l'espace à la Alien avec l'intrusion ici aussi d'un 5ème passager. Bien qu'efficace, ce dernier segment casse un peu le trip dépressif ambiant et part un peu en vrille. De la fonction de ces êtres face à l'humanité on dérape vers leurs positions face à Dieu, via ce nouveau personnage. Cela pourrait partir vers la réflexion métaphysique à la 2001, mais la partie reste dans le bêtement fonctionnel et privilégie un peu trop l'efficacité du suspense (qui était bien mieux géré dans la première heure) au détriment d'une véritable réflexion. De plus, les tics de mise en scène se font vraiment sentir (la caméra bouge dans tous les sens, l'imagé s'étire et se resserre), et bien qu'ils soient valables puisqu'à ce stade du récit l'espace-temps se brise à l'approche su soleil, ils rendent une partie de l'action illisible. Dommage, à l'instar d'Icare (dont le vaisseau porte le nom), Boyle finit par se brûler les ailes à l'approche du soleil.
Rien de honteux cependant, le film restant au final un vrai bon film de SF appuyé par une bande originale de qualité comme souvent chez le cinéaste, mais l'envie de hurler au chef d'œuvre du genre à la vue d'éblouissantes séquences s'efface à cause de cette dernière partie certes fun mais plus passe partout. Pas un successeur au mythique
2001 : l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (de toute façon qui peut rivaliser, franchement ?), pas non plus un produit bêtement spectaculaire à la
Armageddon,
Sunshine s'affranchit des règles du genre et offre un objet au final merveilleux à contempler et unique dans son genre, avec (grâce à) ses ratés et ses réussites…