Docteur Barker et Mister Todd
Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, est un film intense. Profond. Et, comme toujours chez Burton, poético-macabre.
Adaptation de la comédie musicale éponyme de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler, Sweeney Todd retrace la terrible histoire de Benjamin Barker (Johnny Depp), un barbier qui voit sa vie se briser en un instant par la cruauté et la luxure d'un homme : le Juge Turpin (Alan Rickman).
1840. Condamné au bagne, Benjamin Barker revient à Londres après de longues années sous les traits de Sweeney Todd pour retrouver sa femme et sa fille. Mrs Lovett (Helena Bonham Carter) tient un restaurant, sous l'ancienne maison des Barker, où l'on mange les pires tourtes de Londres. Naît de leur complicité une folie meurtrière où chacun y trouvera son compte : l'un en assouvissant sa soif de vengeance et l'autre en expérimentant de nouvelles tourtes à la viande...
Sweeney Todd fait alors le pari de fusionner trois genres jusqu'à présent peu mêlés dans la filmographie de Burton: le film noir (vengeance et esthétique ténébreuse), la satire sociale (critique des tribunaux, des institutions psychiatriques et de l'hégémonie des puissants) et la comédie musicale (les chansons renforcent la tragédie du film en y abordant tous les thèmes : la colère, l'amour, l'humour, la vengeance, la trahison...)
Un condensé de l'œuvre burtonnienne
Sweeney Todd serait un
Edward aux mains d'argent vieilli et tourmenté qui retrouve, avec un plaisir malsain, ses chers amis : ses lames de rasoir. Le passage à la plage nous rappelle Big Fish et le Londres macabre nous remémore la ville de
Charlie et la chocolaterie avec ses maisons sans vie et ses cheminées telles des incinérateurs. Malgré tout, Sweeney Todd est sûrement le plus noir, le plus profond et le plus abouti des films de Burton. Il va au bout de ses idées en mêlant le gothique, l'irréalisme du sang (entre Tarantino et Argento) et l'humour justement dosé. En assumant totalement les trois grands genres qui le composent et qu'on croyait incompatibles, Tim Burton nous dévoile un film sur le plus cruel, le plus complexe mais aussi le plus humain des animaux : l'Homme.
plus cahin que caha
Avoir la sensation de se trouver décalé, pas à sa place, de trop dans la salle. Cette sensation étrange et inhabituelle a été la mienne devant
Sweeney Todd.
Un réalisateur dont je ne suis pas fan, des chansons intenables pour mes oreilles et un rythme plus cahin que caha sur une bonne heure ont eu raison de ma patience et le fauteuil a ressenti la pesanteur de mon corps au fur et à mesure que les bobines se déroulaient. Pour imager davantage,
Sweeney Todd a été pour moi comme un défilé CGT pour Sarkozy: une vision qu'on ne veut et ne peut pas voir, qu'on imaginait même, bref le mauvais public au mauvais moment. De là à en dégouter ceux qui aiment...
La forme (une comédie musicale) a ses mauvais et bons côtés. Se taper trois chansons d'affilée pour ne rien dire, ça ennuie et ça nous fait repenser au sketch de Gad Elmaleh, surtout lors des chansons niaises et romatiques. Une intro superbe qui se fait plomber par un jeune couple qui chante du déjà vu, ça énerve. Mais quand la noirceur des situations et des évenements contaminent les paroles, quand la haine rend la voix de Sweeney rocailleuse et quand le sang coule à flot, la moindre chanson peut devenir hallucinante et puissante. Quelques moments creux et trop anecdotiques empèchent Sweeney Todd d'être la nouvelle "méga référence" de Burton, mais il faut avouer qu'il n'a pas été aussi macabre depuis des lustres. Ca découpe, ça tranche, c'est méchant, c'est agressif, les acteurs sont bons et Sacha Baron Cohen est hilarant avec son moule-formes. Humour noir en pagaille et acteurs dans le ton, le tout taché de sang. Presque parfait...
sweeney todd
Burton renoue avec ses premiers films et livre son meilleur depuis
Mars Attacks. Malgré une première demi-heure mi figue mi raisin en raison d'un jeune couple trop gentillet pour l'univers funèbre du film, la magie (noire) opère et le récit trouve son rythme. Le ton gothique issu de la Hammer, le gore grand guignol allié au giallo à la Argento ou à la Bava, l'humour délicieusement noir, les séquence musicales souvent sublimes, la tragédie flamboyante, les acteurs montrueux (un duo Depp- Rickman vous en reviez ? Burton l'a fait), font le reste. Et puis cette séquence finale, ce plan d'une beauté desespérée. Non, vraiment, ce jeune couple n'avait rien à faire dans ce bijou sanglant. Allez, pas grave, en virant 2 chapitres sur le dvd, le chef d'oeuvre sera total.
Du Burton tout saigné
Quand Burton tente la comédie musicale, on commence par se boucher les oreilles : trente minutes d'intro toute en chanson et
Sweeney Todd vire à la petite maison dans la prairie. Quand enfin la maison se transforme en boucherie, on commence à savourer, car pour une fois, le sang au cinéma est beau même s'il semble irréel, et l'ambiance gothico-poétique nous ammène à un sublime final. Certes, le film traîne parfois en longueur, mais avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Sacha Baron Cohen et Alan Rickman, ce n'est plus un casting, c'est un miracle. Du Burton tout saigné.