Requiem pour un fou
Après
Pi, prix de la mise en scène du Festival de Sundance, après un chef d'œuvre tel que
Requiem for a Dream, on attend beaucoup de ce troisième film. Quelque chose de nouveau, d'innovant, de transcendant. C'est ce qu'a tenté de faire Aronofsky, sans toutefois y arriver vraiment.
Nanar psychédélique ou expérience métaphysique ? Difficile d'y répondre, tant le style "hors catégorie" de
The Fountain peut rebuter comme accrocher. On aime ou on déteste. On aime pour ce qu'on a toujours aimé chez lui : la photographie électrisante (Aronofsky retrouve Matthew Libatique en directeur photo avec qui il avait déjà travaillé pour ses précédents films) et la musique envoutante (idem, Clint Mansell, le compositeur de
Requiem for a Dream, revient à la charge, même si la puissance émotionnelle de son travail est ici moindre comparé à la claque de la fable junkie de 2001). La mise en scène, sobre mais efficace (quelques plans très originaux et forts dans un univers de classicisme), fonctionne sans révolutionner.
On déteste, par contre, pour un scénario bien maigrichon, même si les thèmes (vie, mort, amour), universels, trouvent toujours un écho chez le spectateur. Pourtant, ce sont bien des banalités (accepter la mort, passer du temps avec les êtres aimés, etc.) qui sont servies ici à toutes les sauces par des acteurs qui n'ont guère le temps de s'incarner et ne trouveront jamais une véritable force. Ce manque d'humanité alourdit le film sans le plomber mais le fait sans doute passer à côté de ce qui aurait dut être sa qualité première.
Une inspiration kubrickienne
On déteste aussi, et surtout, pour son histoire symbolique irréelle qui vire rapidement vers l'œuvre philosophique tantrique avec petit bonhomme volant occupé à ouvrir ses chakras. Des symboles, il y en a profusion, jusqu'à saturation. On ressent une indéniable inspiration kubrickienne (puissance symbolique du message de la renaissance, plus le trip spatial final, musical et coloré qui colle jusque dans son message avec le final de
2001, l'Odyssée de l'espace), mais abattue par une profusion d'explications dont on se serait bien passé (au cas où vous n'auriez pas bien compris, Hugh Jackman veut sauver Rachel Weisz, ce qu'il répète une bonne trentaine de fois, alors que chaque plan le prouve déjà).
Mais pour apprécier
The Fountain, il faut se laisser porter, débrancher ses repères logiques le temps du film et suivre le réalisateur dans son délire éthéré.
The Fountain apparaît alors comme un beau voyage non-conventionnel et métaphysique qui, bien que ne tenant pas toutes ses promesses, a au moins le mérite de prêter à réflexion (et à interprétation).
Un voyage magnifique
Un voyage magnifique, fascinant, métaphysique, audacieux... Du grand cinéma.
Sublime
Daren Aronovsky réussit à sublimer l'histoire d'un amour immortel qui traverse les âges et ne plie devant aucun obstacle. Cette beauté parfois exubérante pourra ne pas plaire à tout le monde. Mais une telle histoire racontée avec tant d'excellence ne peut laisser aucun cœur sans une légère étincelle. Si, en ces temps obscures, vous ne croyez plus à l'amour, laissez Aronovsky vous donner un cours particulier…
Aronovsky oblige,
The Fountain est une baffe visuelle. Mansell oblige,
The Fountain est un chef d'œuvre musical. Mais voila, l'un et l'autre n'assure pas le chef d'oeuvre attendu et on regarde simplement un trip d'Aronovsky en plein dans son autocomplaisance. Pas aussi marquant et indélébile que
Requiem for a Dream, mais bien meilleur que la majorité de la production actuelle. Une belle branlette intellectuelle, mais de la branlette quand même.
Attention, Rachel Weisz remplacera l'élue de votre coeur. A voir sans cligner des yeux (sous peine de décrocher).
The fountain
Ok, les quelques millions de budget envolés rendent le film un peu cheap par moments, ok la photo pendant l'histoire contemporaine de l'histoire est assez dégueulasse, ok le symbolisme est parfois naïf ou lourdingue. Il n'empêche que passé le fait que non,
the fountain n'est pas le chef d'œuvre métaphysique ultime, l'égal d'un
2001, odyssée de l'espace n'en déplaise à Aronofsky, le film reste une histoire d'amour déchirante portée viscéralement par des acteurs fabuleux et avec une bande originale d'une infinie tristesse, belle à en chialer, le tout doublé d'une jolie fable métaphorique sur le processus de deuil. Rien de plus, mais c'est déjà beaucoup.