"Balle Perdue" : Comment Netflix a sauvé ce projet rejeté par le cinéma français depuis plusieurs années

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"Balle Perdue" : Comment Netflix a sauvé ce projet rejeté par le cinéma français depuis plusieurs années
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Par Benjamin Rabier Rédacteur en chef
Addict aux audiences, Benjamin Rabier a choppé le virus de la télévision grâce à la « Star Academy ». Intrigué par l’envers du décor, il a décidé d’en faire son métier. 20 ans plus tard, s’il ne rate (presque) jamais un prime de « The Voice », il peut vibrer devant une compétition sportive, se passionner pour un documentaire ou dévorer une série en un week-end.
La bande-annonce de "Balle Perdue 2" © Netflix
Remi Leautier et Mathieu Ageron, les deux producteurs de "Balle Perdue" sur Netflix, reviennent pour puremedias.com sur la génèse du projet, le succès fou du premier volet et leur colaboration avec Netflix.

"Pendant deux ans, j'ai tenté de vendre 'Balle Perdue" au cinéma français. J'ai fait lire le scénario à Canal, SND, UGC, Gaumont, etc. Personne n'en voulait. C'était un film d'action français donc deux mots qui ne sont pas compatibles dans les oreilles des diffuseurs français" regrette Remi Leautier, producteur de film d'action, chez Inoxy. En 2015, avec Guillaume Pierret (le réalisateur de la saga 'Balle Perdue"), l'ancien préparateur physique fait le tour du secteur pour vendre ce film devenu, en 2020, le plus gros succès français de Netflix. Sans succès.

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Puis en 2018, après le Festival de Cannes, une représentante de la plateforme américaine découvre le scénario et dit banco. Celui qui n'a réalisé jusqu'à présent que des courts-métrage d'action s'associe alors à Nolita (la société de production derrière "Montre jamais ça à personne", le documentaire événement d'Amazon Prime Video sur Orelsan). L'aventure est lancée. Pour puremedias.com, Remi Leautier et Mathieu Ageron ont accepté de revenir sur leur collaboration avec le géant américain alors que TF1 diffuse ce dimanche 13 août le film événement.

Propos recueillis par Benjamin Rabier

puremedias.com : Comment travaille-t-on avec Netflix ?
Remi Leautier : De ma petite expérience, je peux simplement dire qu'on a fait un film qui a été diffusé sur Netflix. Que ce soit en streaming, en salles, ou à la télé, les problématiques pour construire un long-métrage sont les mêmes. Il n'y a pas du tout de nomenclature Netflix qui serait différente qu'ailleurs. Je n'ai pas eu l'impression de devoir rentrer dans un cahier des charges Netflix pour pouvoir créer mon film.
Mathieu Ageron : Il n'y a pas de cahier des charges. Netflix, tout comme Amazon Prime Video, un distributeur ou une chaine de télévision, se prononce sur un scénario. Il se trouve que la plupart du temps, et c'est logique, ils ne peuvent pas tout accepter donc c'est non. Une fois qu'ils ont accepté, ils nous font confiance pour mettre en images le scénario qu'ils ont validé. Le diffuseur ne rentre pas dans le processus créatif.

C'est un mythe de penser que quelqu'un de Netflix est venu chaque jour sur le tournage voir comment cela se passait ?
Mathieu Ageron : Totalement. Après, il y a deux typologies de projets sur les plateformes. Les films originaux commissionnés sur la base d'un scénario ; auquel cas Netflix dit simplement oui ou non. Ce fut notre cas. Après, occasionnellement on peut discuter, à la marge, sur le scénario mais c'est une discussion qu'on pourrait avoir aussi avec TF1 ou Gaumont. Ce qui change, c'est lorsqu'on a une discussion autour d'un projet en développement pur. Là, évidemment, la relation entre le producteur et le diffuseur est beaucoup plus dense. Mais il n'y a pas de nomenclature chez Netflix, comme chez n'importe quel diffuseur.

Quand on vend un projet à Netflix, est-ce qu'ils évoquent tout de suite le nombre de vues ?
Rémi Leautier : Pas du tout. On n'avait aucun objectif chiffré. Surtout pour "Balle Perdue" qui était un film de Guillaume Pierret, un réalisateur que personne ne connaissait, d'une boite de production dont personne n'avait entendu parler. Le premier volet était un film d'action modeste, personne ne pouvait prédire un chiffre d'audience.

Ils ont dit
"La perception du marché français sur les films de genre est biaisée. On se dit dès le début qu'on ne sera pas capable de rivaliser avec les Américains"
Mathieu Ageron

Le genre "film d'action" est délaissé par les distributeurs français, comment l'expliquez-vous ?
Rémi Leautier : Les personnes qui ont eu la main sur ce genre-là en France ont manqué d'inventivité. Il y a eu l'âge d'or d'Europa Corp de Luc Besson puis c'est tout. Ça fait un moment qu'on ne voit plus ce genre de films en France. Le public ne va plus en salles pour voir ces films car on ne leur propose plus des choses de qualité qui leur donne envie de se déplacer. C'est peut-être des effets de mode, le genre comédie a pris le dessus. Quand je proposais "Balle Perdue" à tous les acteurs du secteur, on me répondait à chaque fois "non, pas de films d'action en France".
Mathieu Ageron : Je rejoins tout à fait Rémi. Le cinéma reste un marché. Comme toute industrie, on s'adresse à un public qui va chercher, qui va aller voir des choses qu'il va identifier. Pour beaucoup, action rime avec film américain. On s'est conditionné à entendre "film d'action français" comme quelque chose de négatif, comme si on n'avait pas les moyens de nos ambitions. Dans l'imaginaire collectif, l'action ça coûte cher et seuls les Américains peuvent le faire. Finalement, le marché répond à ça. Ce qui est exceptionnel avec "Balle Perdue", c'est que c'est un film impressionnant avec un tout petit budget. On est passé par un trou de souris pour proposer de l'action fabriquée de manière intelligente et dans un budget limité.

A l'inverse, le genre cartonne sur les plateformes ?
Mathieu Ageron : L'appétence du public pour les films de genre est énorme sur les plateformes ou avant sur la VOD. C'est à cet endroit-là que sur-performent l'horreur, la science-fiction ou l'action. La perception du marché français sur les films de genre est biaisée. On se dit dès le début, on ne sera pas capable de rivaliser avec les Américains, donc ça ne va pas en salles.

Ils ont dit
"On ne reçoit pas un mail chaque mois avec les audiences de 'Balle Perdue'"
Mathieu Ageron

"Balle Perdue" a comptabilisé 37 millions de vues en 28 jours. Depuis deux ans, Netflix vous tient-elle régulièrement au courant des performances du film ?
Mathieu Ageron : Très honnêtement, on n'a pas demandé. Pour eux, ce qui compte, c'est ces fameux 28 premiers jours. J'imagine qu'aujourd'hui on se retrouverait avec des millions de visionnages en plus pour le film mais on n'a pas demandé. On pourrait le faire mais ce serait plus dans le cadre d'une discussion avec eux. On ne reçoit pas un mail chaque mois avec les audiences de "Balle Perdue".

Ce résultat sans précédent pour un film français a-t-il changé vos rapports avec Netflix ?
Rémi Leautier : Quand le résultat est tombé, c'est Netflix qui est venu nous voir en nous disant : "les gars on y retourne, c'est quoi la suite ?". La dynamique est venue de Netflix.

Après le succès de "Balle Perdue", le budget de cette suite a dû être considérablement revu à la hausse ?
Mathieu Ageron : Certes, le budget était plus important mais ce n'est pas parce que tu es sur Netflix que tu n'as pas de contraintes. On a vraiment discuté avec eux des limites budgétaires. Comme le premier film avait été réalisé dans une économie raisonnée, le deuxième devait l'être aussi. Ce qui est plaisant, c'est qu'a partir du moment où il y a une adhésion au projet chez eux, il y a une réelle envie. On a discuté et on a trouvé une solution tous ensemble pour challenger un budget. Tout se fait dans une économie maîtrisée. Aujourd'hui en France, on est incapable de faire un équivalent d'une série comme "House of the Dragon" par exemple. On peut pas arriver avec un projet à 10/15 millions d'euros l'épisode. Encore une fois, les Américains peuvent se le permettre car ils pensent économie mondiale.

Ils ont dit
"Sans Netflix, ce film n'existerait pas"
Mathieu Ageron

"Balle Perdue 2" aurait-il pu sortir au cinéma ?
Mathieu Ageron : Le budget du film est tout à fait honorable pour la salle mais heureusement que les plateformes existent car sinon ce film n'existerait pas. Le problème est toujours le même. L'envie du public pour l'action est très important mais la peur des financiers vient du fait qu'ils considèrent d'entrée de jeu qu'un film d'action français sera toujours moins bien qu'un film américain. Donc que le public ne se déplacera pas. Le genre "film d'action français" n'existerait pas autrement que sur les plateformes aujourd'hui.

Rémi, votre téléphone ne doit pas arrêter de sonner depuis le succès du premier film ?
Rémi Leautier : C'est vrai que maintenant, on décroche quand j'appelle. Après, le plafond de verre existe toujours avec le cinéma, on ne prend pas de risques en France. Netflix a plus les moyens financiers de son audace. Le plan de financement d'un film pour la salle est toujours fragile car il ne dépend pas que d'un décisionnaire mais de plusieurs partenaires financiers donc forcément c'est plus complexe. Heureusement, le regard est en train de changer petit à petit.

Hollywood vous-a-t-il contacté après le carton de "Balle Perdue" aux Etats-Unis ?
Rémi Leautier : On a eu des contacts avec les Etats-Unis, mais j'ai eu plus d'appels en provenance d'Inde. Ils voulaient faire un remake de "Balle Perdue". Mais pour l'instant, ma priorité c'est "Balle Perdue 2" et montrer que le premier film n'était pas un coup de chance. De toute manière, j'ai plus envie de faire évoluer les choses en France que de travailler à l'étranger.

Netflix a déjà officialisé la production d'un "Balle Perdue 3". À quoi peut-on s'attendre ?
Rémi Leautier : On a enchainé le 2 directement après le 1 donc le troisième film arrivera plus tard. Pour l'instant, je suis incapable de vous annoncer quelque chose, que ce soit un début de scénario ou une date de tournage. Il va falloir patienter un peu.

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