Sofia Essaïdi change de chaîne. Après avoir fait vibrer les téléspectateurs de TF1 avec la série "Intraçables", qui s'est achevée le 22 octobre dernier, elle va émouvoir les téléspectateurs de France 2 avec "Au sein des autres", ce mercredi 28 octobre. Le téléfilm a triomphé lors du Festival de la Fiction de La Rochelle, qui a sacré l'ancienne élève de la "Star Academy" avec le prix de la meilleure actrice. "Je suis hyper émue ! Je suis émue parce que ce film est important pour moi", a-t-elle réagi, en larmes, avant d'expliquer : "J'ai perdu la personne que j'aime le plus au monde d'un cancer. Et j'avais envie un jour de pouvoir en parler dans une fiction. C'est celle-ci qui m'a décidée à le faire".
Celle qui a expliqué pourquoi elle ne tournait qu'un à deux projets par an a ensuite tenu à rendre hommage à Vania Leturcq, la réalisatrice du téléfilm : "Merci à toute l’équipe. On ne fait pas un film seul, c'est grâce à vous tous. Ce film, c'est aussi une rencontre exceptionnelle et merci à vous aussi de l'avoir mise en lumière ce soir. C'est une réalisatrice comme on en rêve tous. Vania Leturcq, c'est un ange venu du ciel, un rêve pour tous les acteurs. Elle regarde avec amour, avec sensibilité".
Dans "Au sein des autres", Sofia Essaïdi prête ses traits à Nour, une avocate qui apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein, tout comme Fabrice, incarné par Yoann Zimmer. Confrontés à la maladie, aux effets des traitements et à la chute de leurs cheveux, les deux personnages vont progressivement se rapprocher. Mais, derrière cette histoire d'amitié se dessine également une réalité méconnue : celle des hommes touchés par un cancer généralement associé aux femmes, qui peuvent se sentir particulièrement seuls face à cette épreuve.
Pour imaginer ce téléfilm, la coscénariste, Valérie Magis, s'est appuyée sur son propre parcours. Six ans auparavant, elle avait elle-même été diagnostiquée d'un cancer. C'est au cours d'une séance de chimiothérapie qu'elle a fait la connaissance d'un patient confronté à la même maladie. Une rencontre qui lui a fait prendre conscience des difficultés supplémentaires auxquelles ces hommes sont confrontés. "Je savais inconsciemment que le cancer du sein chez l’homme existait, mais sans jamais l’avoir conscientisé", a-t-elle raconté durant une conférence de presse lors du Festival de la Fiction de La Rochelle. "Il m'a confié que c'était son malheur : quand il annonçait qu'il avait un cancer du sein, la première réaction était le rire, la blague", a-t-elle ajouté.
Cette confidence a été déterminante pour la scénariste, qui a découvert que ces patients devaient non seulement affronter leur maladie, mais aussi les réactions parfois déplacées de leur entourage : "Non seulement, en parler était difficile, mais en plus, cet homme devait encaisser les blagues. J'ai d'abord ressenti beaucoup d'empathie, puis je me suis dit : 'Oh, quel beau film !'". Afin de retranscrire au mieux leur vécu, Valérie Magis a ensuite multiplié les échanges avec des hommes ayant traversé cette épreuve. Ces témoignages lui ont permis de mieux comprendre leur rapport à la maladie et le sentiment d'exclusion qui pouvait en découler : "Ils m'ont expliqué leur point de vue et ce qu'ils avaient vécu. Le terme qui revenait le plus souvent, c'était le sentiment de se sentir comme des intrus dans un monde de femmes".
Le sujet a pris une dimension encore plus personnelle au fil de l'écriture : un membre de sa famille, âgé de seulement 30 ans, a lui aussi appris qu'il souffrait d’un cancer du sein. Cette nouvelle a conduit Valérie Magis à s'interroger sur sa démarche : "Je me suis alors demandé si je n'étais pas en train de devenir opportuniste en abordant ce sujet". La réaction de son proche l'a toutefois confortée dans l'importance de ce projet. Il lui a expliqué que le fait de mettre cette maladie en lumière pouvait justement aider d'autres hommes à prendre conscience des risques et à consulter plus rapidement : "Il m'a expliqué que si nous n'en avions pas parlé, il n'aurait pas pensé que cela pouvait le concerner et ne serait peut-être pas allé consulter un médecin suffisamment tôt".
