Aujourd'hui à Cannes : Les larmes de Juliette Binoche et le show de Lambert Wilson

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Aujourd'hui à Cannes : Les larmes de Juliette Binoche et le show de Lambert Wilson
Bulletin du mercredi 19 mai 2010

En direct de Cannes. Le Festival de Cannes a beau être international, c’est bien les Français que l’on a remarqués, hier, sur la Croisette. D’abord, bien sûr, par l’intermédiaire du film Des hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, présenté en compétition officielle et qui a reçu un accueil très chaleureux de la part du public et des critiques. Et puis, grâce à Juliette Binoche, qui tient le rôle principal féminin du film d'Abbas Kiarostami, Copie Conforme, et qui n’a pu retenir ses larmes lors de la conférence de presse. Au cours de celle-ci, une journaliste a appris à l’équipe du film que le cinéaste iranien Jafar Panahi, qui devait faire partie du jury cette année, avait décidé de commencer une grève de la faim dans la prison où il est retenu. Bien que Juliette Binoche soit certainement l’une des plus talentueuses de nos actrices françaises, personne dans la salle ne doutait de l’émotion réelle suscitée par la nouvelle. Grand ami de Kiarostami, Jafar Panahi avait travaillé en amont sur le film Copie Conforme...

Les Films

Ils ont été projetés hier, et on ne parle plus que d'eux.

Copie Conforme : Lorsqu’elle reçut en 1997 l’Oscar de la Meilleur actrice dans un second-rôle pour Le Patient Anglais, Juliette Binoche surprit les journalistes américains qui lui posaient la question : « Alors maintenant, vous allez tourner à Hollywood ? ». Réponse de l’intéressée : « Non, je ne veux pas travailler à Hollywood, je veux travailler avec Abbas Kiarostami ! ». Hasard du destin, la même année, le cinéaste iranien reçoit la Palme d’Or à Cannes pour Le goût de la Cerise. Et treize ans plus tard, les deux artistes trouvent enfin le projet qui pouvait les réunir. Mais cela valait la peine d'attendre puisqu’avec Copie Conforme, le réalisateur nous conte la rencontre originale (et dont on gardera le mystère) d’un homme et d’une femme qui dans un jeu de faux-semblants et d’amour véritable vont mettre à mal leurs sentiments, nous parler d’amour, de l’usure du temps et des sentiments dans un petit village de Toscane qui respire la romance...
*Ses points forts : Plus que son histoire, c’est avant tout le fait d’avoir confié à Juliette Binoche et à William Shimell (célèbre baryton anglais qui fait ici ses débuts au cinéma) les deux rôles principaux qui fait la réussite de ce film. Le duo qu’il forme à un charme fou et leur présence captive l’écran. En femme qui cultive ses idéaux d’adolescente sur l’amour, Juliette Binoche se révèle absolument exquise et touchante (et on lui donnerait le Prix d’interprétation sans confession). Sa froideur, son humour so british, sa pudeur et son élégance naturel font de William Shimell un amant contradictoire parfait. Par le biais du langage et par l’utilisation de longs plans face caméra dans lesquels les acteurs se retrouvent livrés à leur propre solitude, Abbas Kiarostami trouve le ton juste et saisit l’instant d’une alchimie amoureuse qui vacille à chaque instant. A l’instar du cœur de ses deux acteurs.
*Ses points faibles : La première partie du film peine à se mettre en marche jusqu’à ce que le réalisateur affiche clairement ses intentions. Si les deux acteurs principaux sont quasiment de tous les plans, certaines de leurs joutes verbales paraissent parfois superflus. Mais la magie et le charme opèrent tellement que les quelques faiblesses du film le paraissent elles-aussi...

Des Hommes et des Dieux : Avec ce troisième et dernier film français en compétition, Xavier Beauvois a hissé un peu plus haut le drapeau tricolore sur la Croisette ! Avec son drame (reposant sur une histoire vraie) sur ces moines chrétiens français établis dans un monastère d’Algérie et menacés par un groupe islamiste, le réalisateur français a réussi à émouvoir avec pudeur les festivaliers, sans tomber dans la facilité ni dans le piège du prosélytisme religieux ou moraliste. Et près avoir reçu le Prix du Jury en 1995 avec N’oublie pas que tu vas mourir, Xavier Beauvois pourrait bien ne pas repartir les mains vides de Cannes s’il revient dimanche prochain...
*Ses points forts : La morale de ses personnages, Xavier Beauvois se l’est visiblement imposé dans sa mise en scène. Avec retenue et sans artifice, il dépeint la vie d’un monastère avec son lot de silence, de réflexions et le rituel de ses offices religieux. Le rythme est lent, évidemment, mais il est en adéquation avec la vie paisible et contemplative que recherche ces moines cistériens (interprétés brillamment par tous les acteurs, de Lambert Wilson à Michael Lonsdale). La religion semble ici un prétexte pour parler de l’homme au sens général, sur sa morale, ses responsabilités. Mais le film met également en exergue la bêtise qui consiste à tuer au nom de Dieu. Et on retiendra de ce long-métrage une scène : celle très touchante d’un repas partagé entre les moines, avec cette succession de regards filmés de longues minutes et sublimée par la partition de Tchaïkovski pour "Le Lac des Cygnes".
*Ses points faibles : Le dénouement de l’histoire étant tiré d’une histoire vraie, il n’est donc pas vraiment une surprise pour le spectateur, si bien qu’on regrette que Xavier Beauvois ne soit pas plus intéressé sur le "pourquoi" de ce drame plutôt que sur le "comment". Par ailleurs, la contrainte évidente qui a poussé le réalisateur à s’imposer un rythme lent semble peut-être peser un peu trop sur la mise en scène. Plus audacieuse, elle aurait certainement apporté une profondeur et une force supplémentaire à son récit.

Et aujourd'hui

Poetry : Il était dans le Jury l’an passé et Lee Chang-dong est de retour à Cannes pour présenter son deuxième film en compétition après Secret Sunshine en 2007. Pour l’occasion, le cinéaste sud-coréen s’est attaché les services de Yun Jun-ghee (véritable star dans son pays). Le film nous racontera le parcours de Mija, un femme excentrique, pleine de curiosité, qui va se découvrir une passion pour la poésie avant qu’un événement inattendu ne lui fasse réaliser que la vie n’est peut-être pas aussi belle qu’elle le pensait.



Schastye Moe : Seul film de la compétition à concourir également pour la Caméra d’Or (qui récompense un premier film), Schastye Moe (Mon bonheur) a été écrit et réalisé par l’ukrainien Sergei Loznitsa. Il permet à l’Ukraine d’être présente pour la première fois dans la course à la Palme d’Or. On y suivra l’histoire d’un jeune camionneur qui se perd dans la campagne russe. Il va y croiser un vétéran malheureux, une prostituée mineure, une étrange bohémienne et des policiers corrompus. Et plus il va tenter de retrouver le chemin de la civilisation, plus il va découvrir que la force et l’instinct de survie ont remplacé toute forme d’humanité...

Carlos : La projection du film d’une durée de plus de 5 H 30 risque d’en décourager plusieurs... Projeté Hors-compétition, le nouveau film d’Olivier Assayas (tourné pour la télévision) reviendra sur la vie du terroriste international connu sous le nom Carlos. Dans les années 70 à 80, il fut notamment une figure de l’extrême gauche romantique et un mercenaire opportuniste à la solde des services secrets des puissances du Moyen-Orient...

Entendu...

*Il a fait l’inverse de Jean-Luc Godard, mais personne ne s’en plaindra. Alors qu’il a été hospitalisé d’urgence ce week-end, Lambert Wilson avait dû annuler sa présence à Cannes où il devait défendre deux films en compétition. Absent dimanche à la conférence de presse de La Princesse de Montpensier, il a créé la surprise, hier, en apparaissant à celle des Hommes et des Dieux. Et l’acteur a fait le show, autant au photo-call (où il embrassa fougueusement Xavier Beauvois sur la bouche) qu’à la conférence où se permit même de se mettre rapidement torse nu pour contredire une journaliste lui affirmant qu'il avait désormais atteint l’âge de la sagesse. Alors voilà un petit best-of décalé des phrases de Lambert Wilson et Xavier Beauvois pendant cette conférence de presse pas comme les autres.

*1. Coupant la parole à une journaliste qui se présente en disant « Bonjour, je travaille pour Gala... », Lambert Wilson lance : « Vous voulez savoir si j’ai couché avec mon metteur en scène ? ». Rires dans la salle et Xavier Beauvois d’ajouter : « Sincèrement, vos mots croisés sont beaucoup trop faciles ! ».
*2. Evoquant la présence de son film Des Hommes et des Dieux dans la sélection officielle, Xavier Beauvois se dérobe par un jeu de mots : « Désormais, grâce à ce film, ces moines sont can(nes)onisés... »
*3. Quand on lui demande s’il n’a pas peur que le spectateur s’ennuie à cause du rythme particulièrement lent de son film, le réalisateur rétorque : « Vous savez, je pense que les spectateurs sont assez intelligents. Moi, quand j’ai vu La Mémoire dans la peau de Paul Greengrass, j’ai fait une crise d’épilepsie au bout de 25 secondes ! »
*4. Interrogé sur les raisons qui l’ont conduit à signer la pétition de soutien à Roman Polanski, Xavier Beauvois répond : « Il a 76 ans et il a tout connu, des ghettos de Varsovie jusqu’à voir sa femme enceinte assassinée. [...] Avec cette affaire, on nage dans la connerie. [...] On veut juger deux fois un mec pour la même chose ».
*5. Lambert Wilson, visiblement impatient d’en finir avec la conférence : « Euh... il est midi. Vous n’avez pas faim ? »

Vu...

Après le show particulièrement animé de Lambert Wilson, c’est une tout autre ambiance qui a touché la conférence de presse du film Copie Conforme du cinéaste Abbas Kiarostami. Dès son arrivée, le réalisateur a souhaité parler de la situation vécue par son compatriote et ami, Jafar Panahi, qui devait être dans le Jury cette année, mais qui est toujours retenu prisonnier dans son pays. Lors de la conférence, une journaliste l’informe que Jafar Panahi a décidé aujourd’hui d’entamer une grève de la fin pour dénoncer sa situation. Et alors qu’Abbas Kiarostami exprime son soutien Jafar Panahi, la comédienne Juliette Binoche ne peut s’empêcher de retenir des larmes. Il faut rappeler que Jafar Panahi avait participé au projet Copie Conforme auprès de son ami Kiarostami avec le reste de l’équipe du film. En quelques minutes, la salle de presse est passé des rires de Lambert Wilson aux larmes de Juliette Binoche. Et bien qu’on soit à Cannes, ce n’était pas du cinéma...

Et Aussi

Une billet à tout prix ?
*Tels des prospecteurs d’or dans l’ouest américain, certains festivaliers sont prêts à tout pour obtenir une invitation pour une projection officielle, LE sésame indispensable qui leur permettra de fouler le tapis rouge et grimper les marches du palais. Alors ils sont prêts à tout, et certains encore plus que d’autres. A l’image de ce jeune homme qui, nœud pap’ et smoking de rigueur, arborait fièrement une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « J’offre ma virginité contre une invitation ». L’histoire ne dit pas s’il a obtenu la fameuse invitation, mais on lui décerne bien volontiers la Palme de l’audace et de l’humour.

Les Stones à Cannes... et sur France 5
*Après Oliver Stone, venu avec son Wall Street 2 - L'argent ne dort jamais à Cannes, un autre "Stone" viendra sur la Croisette : Mick Jagger. L'emblématique chanteur des Rolling Stones sera en effet le seul représentant du groupe à venir présenter, aujourd'hui, le documentaire Stones in Exile (Stones, la French Connection) en séance spéciale à La Quinzaine des Réalisateurs. Mais pour ceux (nombreux) qui n'auront pas la chance de voir ce film à Cannes, ils pourront se rattraper grâce à France 5. La chaîne vient en effet d'annoncer qu'elle diffuserait ce documentaire le jeudi 10 juin à 20h35. Le film racontera l’enregistrement de l’album culte "Exile on Main Street" sorti en 1972. Une ambiance sex, drugs and Rock’n roll garantie...

Au nom du père et du fils
*Chaque année, il est intéressant de constater que certains thèmes récurrents reviennent dans plusieurs films de la sélection officielle. Et le cru 2010 semble avoir décidé de s’intéresser à la difficulté des relations père/fils. Dans L’homme qui crie, une père voit son fils lui prendre son travail et ce malaise est l’amorce du drame à venir. Dans Wall Street 2 - L'argent ne dort jamais, Michael Douglas cherche à renouer avec sa fille qui a décidé de couper tous les ponts. Dans le Biutiful d’Alejandro Gonzalez Inarritu, Javier Bardem doit lutter avec son ex-femme pour l’éducation de ses enfants et dans Rizhao Chonqing, un homme tente de retrouver les traces de son fils mort et qu’il n’a pas revu depuis des années. Même Mathieu Amalric dans Tournée semble avoir du mal à assumer son rôle de figure paternelle tant ses enfants paraissent livrés à eux-mêmes lorsqu’il en a la garde...

Retrouvez dès demain de nouvelles infos inédites et des critiques.

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