Virginie Lemoine : "Le système est écrasant et malsain"

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Virginie Lemoine : "Le système est écrasant et malsain"
Entretien avec la comédienne, venue assurer la promotion de "Famille d'accueil" au Festival de la Télévision de Monte-Carlo.

En direct de Monte-Carlo. Elle est la star de l'une des valeurs sures de la fiction française. Virginie Lemoine a récemment entamé le tournage de la dixième saison de Famille d'accueil, une série dans laquelle elle incarne Marion, une mère de famille qui accueille des enfants que l'Aide sociale à l'enfance (ASE) leur confie régulièrement. Elle y donne notamment la réplique à Christian Charmetant, qui campe son mari, Daniel.

A Monaco aujourd'hui pour promouvoir la série, dans le cadre du Festival de Télévision de Monte-Carlo, Virginie Lemoine a accordé une interview à plusieurs médias, dont Ozap. Elle évoque évidemment le succès de cette série, qui entre dans sa dixième année, dans un paysage audiovisuel où peu de fictions peuvent aujourd'hui se targuer d'une telle longévité. La comédienne évoque également sa carrière, le fait que la série ne lui ait pas vraiment ouvert de portes à la télé ou au cinéma, ainsi que le problème d'un système dans lequel tous les projets sont basés sur des acteurs bankables, un frein selon elle à la création.

« Je ne sais pas ce qui va m'arriver ! »



Famille d'accueil entame sa dixième saison sur France 3. C'est une longévité impressionnante !
C'est incroyable, oui.

Où en êtes-vous du tournage de cette dixième saison ?
J'ai tourné quatre épisodes, et dans trois semaines j'en tourne quatre supplémentaires.

Savez-vous comment votre personnage va évoluer ?
En fait je n'en sais rien ! Je ne peux rien vous dire, parce que je ne sais même pas ce qui va m'arriver cet été ! Ce sont les surprises que nous réservent les auteurs !

Et que pensez-vous de l'évolution qu'a déjà connu le personnage depuis ses débuts ?
Je la trouve assez intéressante, parce que quand on est passé en 52 minutes, on a changé pas mal de choses. Tout d'un coup, le couple a un peu volé en éclats, même si on est revenu aujourd'hui à quelque chose de très calme et de très apaisé. Mais c'était bien de le faire, parce que c'est la vie du couple lambda au bout de 20 ans de vie commune. C'est vrai que si on raconte constamment la vie d'un couple qui s'entend de façon idyllique etc, ça a moins d'intérêt... Je pense qu'il faut aussi que les gens se reconnaissent dans ces personnages.

« On veut offrir aux gens un peu d'optimisme »



Et au niveau des enfants que la famille accueille, quel retour avez-vous sur le traitement qu'en font les auteurs ?

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Les femmes assistantes maternelles que j'ai pu rencontrer m'ont dit que les problématiques étaient très bien posées. Bon, la plupart du temps, on a un happy end - mais pas toujours - parce qu'on a un cahier des charges qui demande quand même d'offrir aux gens un peu d'optimisme. Si c'est pour dire aux gens, voilà, ces problèmes-là, on ne peut pas les résoudre, bon... C'est vrai que les problèmes se terminent souvent bien, ce qui n'est pas le cas de la réalité - bien que dans la réalité, parfois, ça se termine bien aussi. Mais je sais que la façon dont la problématique est posée, et les rapports que Marion peut avoir avec les enfants et ses propres enfants, sont très justes.

Donc aujourd'hui, le couple que forment Marion avec Daniel...
Là, maintenant, c'est un couple solide. La seule chose que je sais, c'est que ma chienne va beaucoup tourner cet été ! (Rires) C'est la seule chose que je sais !

Au bout de dix ans, vous n'avez pas peur d'être enfermée dans ce rôle ? Ou peut-être qu'il vous a permis, justement, de casser l'image que vous aviez avant ?
Exactement, c'est tout à fait ça. C'était pour moi sans danger, parce que j'avais déjà une image très forte, que ça a cassé. Et puis je n'ai jamais raisonné en image. Je me suis toujours dit que ce n'était pas important. Ce qui est important, c'est de travailler et de gagner sa vie en faisant ce métier. Quand on vous offre la possibilité de gagner votre vie avec une belle aventure et un beau personnage... Si on commence à dire « oui mais non »... Moi, je ne me suis jamais posé de questions ! Et j'ai profité de la série pour faire du théâtre, pour écrire, pour produire...

« Les plans de carrière, c'est complètement factice »



Comment ça s'est passé, votre rencontre avec le personnage ?
C'était assez extraordinaire en fait. J'ai passé des essais, parce que j'étais la seule comédienne sur laquelle s'étaient mis d'accord a priori la chaîne, la production et le réalisateur. Mais j'ai passé aussi des essais, j'étais au même titre que les autres. Donc j'ai donné la réplique à plusieurs maris. Et c'est normal ! C'est compliqué une série. Ca demande beaucoup de temps et d'argent, et il faut correspondre à ce qu'on attend du personnage. Et en fait, après, j'ai passé des essais, je me suis dit « C'est une tellement belle aventure, ça ne sera pas pour moi, c'est pas possible ! ».

Et en tant qu'auteure, vous avez des fois voulu participer à l'écriture de la série, ou modifier des choses qui avaient été écrites pour vous ?
En fait, on a une très bonne relation avec les auteurs. Je sais qu'ils écrivent vraiment pour nous, et ils proposent des choses formidables. Et puis ils nous tiennent aussi au courant de ce qu'ils préparent. On a aussi une journée de lecture avant le tournage, et ils sont très à l'écoute de ce qu'on peut dire. S'il y a des choses dans lesquelles on ne se retrouve pas forcément, ils réécrivent tout de suite.

Ca vous a ouvert la porte à d'autres fictions télé ?
Pas beaucoup, non. J'en ai fait très peu. J'ai fait un tout petit peu de cinéma, mais très peu aussi.

C'est un choix de carrière ?
C'est un choix, mais c'est le leur ! (Rires) Non, je ne fonctionne pas en termes de plan de carrière. De toute façon, je trouve ça complètement factice, parce qu'on dépend complètement des autres. On peut toujours se dire « Tiens, je vais décider que... », mais c'est quand même assez difficile. Je dis ça, et en même temps je me suis donné les moyens de faire autre chose en écrivant, en produisant.

« Le système est écrasant et malsain »



Vous parlez de Une Diva à Sarcelles ?
Oui, à côté de Famille d'accueil, je fais beaucoup de théâtre. Et j'ai écrit Une Diva à Sarcelles, une comédie musicale qui est la grande aventure de ma vie. Ca procède d'une rencontre avec une comédienne soprano extraordinaire dans une toute petite salle à Montmartre. Je l'ai attendue à la sortie, puis on s'est revues, et j'ai décidé d'écrire cette pièce. C'est l'histoire d'une soprano qui a loupé sa carrière, qui retrouve le plein épanouissement de son art en chantant en pyjama dans sa chambre devant un public imaginaire.

La pièce est portée par une comédienne inconnue, Pierrette Michon. Ce n'était pas un peu risqué ?
En fait, je pense que quand on a un tout petit peu de popularité, il faut absolument profiter de ça pour mettre en valeur d'autres gens, pour passer le relais, parce que je trouve que le système est écrasant et malsain, et que cette notion de gens bankables est terrible. Parce que ça empêche des gens vraiment méritants de travailler. J'ai envie de dire aux réalisateurs et aux gens qui font les castings de sortir un petit peu. Les théâtres regorgent de gens qui n'ont pas voix au chapitre. Et pendant ce temps-là, on monte des projets avec des gens bankables, mais c'est une économie lourde, parce que ce ne sont pas les mêmes cachets. Et les gens s'habituent à fonctionner comme ça, donc ils ne prennent plus de risques.

Du coup, ça a été difficile pour vous de monter une pièce sans acteur bankable ?
Oui, ça a été difficile. J'ai été magnifiquement soutenue par des copains producteurs et des copains directeurs de salles qui ont programmé le spectacle. C'est difficile de soutenir un spectacle avec des gens inconnus, même s'ils sont tout à fait cohérents - parce qu'il n'y a personne d'autre que Pierrette Michon pour jouer ce rôle.

Et ça vous dirait de remonter sur scène, pour un one-woman-show ?
J'en ai fait trois, oui. Mais ils n'ont absolument pas marché ! (Rires)

Pour quelle raison ?
Parce que je crois que j'ai un univers personnel qui est assez loin de l'image que l'on a de moi !

« Le tort des Français, c'est de vouloir copier les Américains »



Pour en revenir à Famille d'accueil, pourquoi croyez-vous que la série a tenu le coup, en pleine crise de la fiction française ? Le fait que ça passe sur France 3 y est-il pour quelque chose ?
Ah oui, ça c'est sûr ! C'est très familial France 3. C'est très agréable pour nous parce qu'on connaît tout le monde. Et quand, à la fiction, il y a un haut responsable qui change, il vient se présenter et il reste déjeuner. C'est très agréable ! Si un jour on fait des audiences un peu plus faibles, il nous appelle quand même le lendemain en disant que ce n'est pas grave, et en essayant d'analyser un peu les choses. Maintenant, c'est aussi hasardeux que le théâtre. Il y a des pièces extraordinaires qui ne marchent pas, et des pièces dont on ne comprend pas bien le succès. Et heureusement qu'on ne sait pas.

Vous pensez que Famille d'accueil peut encore durer dix ans ?
(Rires) Oui, bien sûr ! Je le souhaite, oui. Ce sera peut-être l'effet Navarro !

Et que pensez-vous de ce qu'on a appelé la crise de la fiction française ?
Il y a de vraies choses de qualité. Je pense que le tort de la fiction française, c'est de vouloir copier les Américains. Quand je pense à Famille d'accueil, c'est franco-français, et c'est pareil dans tous les domaines, il ne faut pas aller copier ailleurs.

Vous vous êtes quand même adaptés au niveau du format américain en passant à 52 minutes, et vous tournez plus d'épisodes par an...
Oui, oui, c'est vrai. En tant que comédien, pour nous, ça n'a rien changé, mais il y a des raisons économiques derrière tout ça, sûrement.

Qu'est-ce que vous regardez à la télévision ?
Pratiquement que des reportages. Je ne suis pas très fiction. Et je regarde aussi beaucoup les pires émissions de M6... Ca n'est pas très glorieux, mais je regarde les émissions du genre Maman cherche l'amour. Alors là, je suis scotchée à la télévision, parce que je trouve ça formidable !

Virginie Lemoine
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