Une décision qui ne fait pas l'unanimité. Mercredi 16 septembre 2026, le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) a annoncé dans un communiqué de presse que "Minotaure" avait été choisi pour représenter la France à la prochaine cérémonie des Oscars, qui se tiendra le 14 mars 2027 à Los Angeles, aux États-Unis. Ce long-métrage, réalisé par le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev, a été retenu par une commission présidée par le critique de cinéma Charles Tesson afin que l'Hexagone remporte enfin la statuette du meilleur film international qui lui échappe depuis 1993 et le sacre d'"Indochine" de Régis Wargnier.
Un drame, remake en langue russe de "La Femme infidèle" de Claude Chabrol (1969) remis au goût du jour, qui a été préféré à quatre autres œuvres présélectionnées six jours plus tôt : "Le Corset", film d'animation de Louis Clichy, "La Gradiva", le premier film de Marine Atlan, "L'Inconnue" d'Arthur Harari avec Léa Seydoux et le premier volet du diptyque "La Bataille De Gaulle" d'Antonin Baudry. Fort du large succès rencontré dans les salles obscures par cette fresque historique qui revient sur le rôle du célèbre général français pendant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup imaginaient déjà "L’Âge de fer" propulsé sur le devant de la scène à Hollywood.
"Alors qu'il y avait l'évidence 'De Gaulle' dans la course, la France a décidé d'envoyer un autre film aux Oscars, a réagi le journaliste spécialisé Didier Allouch sur son compte X, qui commentait chaque année en direct cette grand-messe du cinéma mondial lorsqu'elle était diffusée sur Canal+. Ok, alors… Même si c'est tout à son honneur d'envoyer un réalisateur russe dissident dans la course, à un moment, il va falloir penser à le gagner, cet Oscar du meilleur film international. 'De Gaulle' avait ses chances. 'Minotaure', un peu moins — mais je peux me tromper…", a écrit l'ancien binôme de Laurent Weil.
Un avis partagé par beaucoup d'autant que "Minotaure" a été tourné en Lettonie en langue russe avec un casting russe composé notamment d'Iris Lebedeva, Dmitri Mazourov et Varvara Chmykova. Cependant, le règlement des Oscars, établi par l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, stipule que le pays qui présente une œuvre doit avoir joué un rôle significatif dans sa production. Or, le nouveau Zviaguintsev a été financé par deux producteurs français, Charles Gillibert (CG Cinéma) et Nathanaël Karmitz (MK2 Productions). De plus, le réalisateur, très critique du régime russe, s'est exilé en France depuis 2022.
En choisissant "Minotaure", Gaëtan Bruel, le président du CNC, a voulu mettre à l'honneur l'un "des cinéastes les plus engagés de notre époque", tout en précisant que le film avait "déjà conquis le Festival de Cannes". Présenté en compétition officielle lors de l'édition 2026, il avait reçu le Grand Prix du jury, présidé par le Coréen Park Chan-wook, à savoir la récompense la plus prestigieuse du palmarès après la Palme d'or accordée cette année-là à "Fjord" de Cristian Mungiu. En salles le 14 octobre prochain, le long-métrage se déroule en Russie en 2022. Il suit un dirigeant d’entreprise devant désigner quatorze de ses employés pour aller combattre en Ukraine alors qu'il découvre l'adultère de sa femme Galina.
Ce choix sera-t-il payant ? Il faudra patienter jusqu'au 21 janvier 2027 pour savoir si "Minotaure" fera partie des cinq nommés dans la catégorie "meilleur film international". C'est la deuxième année consécutive que la France est représentée par un film qui n'est pas tourné en langue française. En 2026, le pays avait choisi "Un simple accident" de l'Iranien Jafar Panahi. Ce lauréat de la Palme d'or était parvenu à figurer parmi les cinq films nommés lors de la 98e cérémonie des Oscars mais le trophée était finalement revenu à "Valeur sentimentale" de Joachim Trier. La malédiction sera-t-elle brisée en 2027 face aux d'ores et déjà favoris "La Bola Negra" (Espagne), "Soudain" (Japon), "Possible Love" (Corée du Sud) ou "Fjord" (Roumanie) ?