Simon Abkarian, Antonin Baudry (réalisateur), Benoit Magimel, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei, Mathieu Kassovitz : le casting du film "La bataille de Gaulle" à Cannes© BestImage
"La liberté de la presse n’est pas négociable". Sur Instagram, la journaliste de France 24 Nina Masson a publié le communiqué de la SDJ de sa chaîne, ainsi qu'un bout de papier griffonné où l'on pouvait lire ceci : "Je soussignée Nina Masson, journaliste à France 24, m'engage à ne pas utiliser la portion de l'interview de (nom barré) où il parle de l'engagement", suivi de la signature de la journaliste culture. Un engagement écrit sous la contrainte des attachés de presse du film "La bataille de Gaulle", selon la SDJ de la chaîne, qui dénonce une "tentative de censure et d'intimidation" d'une "gravité inédite".
Les faits décrits se sont déroulés dans le cadre de la promotion du long-métrage d'Antonin Baudry sorti mercredi dernier sur les écrans. "Nos deux journalistes (Nina Masson et Yong Chim) ont réalisé une interview avec une partie de l'équipe" du film dans lequel jouent Simon Abkarian, Benoit Magimel, Florian Lesieur, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei ou encore Mathieu Kassovitz. Sur le sujet diffusé par la chaîne, on peut voir que 4 acteurs ont été interrogés : Simon Abkarian, qui incarne le Général de Gaulle, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei et Florian Lesieur. "Au cours de l'entretien, l'un des acteurs (dont le nom n'a pas été dévoilé, ndlr) a longuement développé la notion d''engagement', thématique centrale de l'œuvre", peut-on lire dans le communiqué.
Tout aurait dérapé ensuite. "Nina Masson a prolongé ce fil en interrogeant l'acteur sur ce que cette notion représentait pour lui en tant que comédien en l'invitant notamment à réagir, dans le contexte post-Festival de Cannes, à la tribune signée par 600 professionnels du cinéma dénonçant la mainmise de Vincent Bolloré sur le secteur cinématographique. La question a visiblement mis l'acteur mal à l'aise. Elle était pourtant non seulement légitime, mais indispensable au regard des polémiques qui ont rythmé cette édition du Festival. Ce qui s'est produit à l'issue de l'interview est d'une gravité inédite. L'attachée de presse de l'acteur a bloqué notre équipe dans la pièce, la menaçant et exigeant la restitution immédiate de la carte mémoire contenant l'enregistrement de l'interview. Nos journalistes ont refusé avec professionnalisme", explique la SDJ avant de continuer le récit.
"L'attachée de presse de l'acteur, en présence de l'attaché de presse du film, a alors contraint Nina Masson a signé un engagement écrit de non diffusion du passage litigieux comme condition à la conservation de leur matériel. Notre équipe est rentrée à la rédaction profondément choquée par la violence de ces méthodes", continue la Société des journalistes de la chaîne d'information en continu. Si la question et la réponse n'ont pas été conservées dans le montage final de l'émission, ce n'est pas en raison de l’engagement écrit, assure Nina Masson auprès de "Libération", mais parce que "le passage était inutilisable en télé : l’acteur est mal à l’aise, il ne répond rien".
Selon nos confrères, c'est l'acteur Niels Schneider qui aurait été troublé par la question de la journaliste. Et c'est son attachée de presse personnelle qui aurait tenté de faire pression sur l'équipe de France 24. De son côté, Nina Masson explique à "Libé" ne pas vouloir nommer l’acteur, car elle ne "souhaite pas que les artistes pâtissent de l’incompétence de l’attachée de presse". Contactés par le quotidien, les attachées de presse et l'acteur n’ont pour l'instant pas donné leur version de l'histoire.
La chaîne dénonce des "procédés qui relèvent de pratiques que l'on associe aux régimes totalitaires qui constituent une atteinte grave et caractérisée à la liberté de la presse". "La SDJ de France 24 rappelle avec force que la ligne éditoriale de France 24 n'appartient qu'à sa direction. Aucune attachée de presse, aucun acteur, aucune équipe de production, ne saurait se substituer à elle, ni dicter à nos journalistes les questions qu'ils sont en droit de poser et de diffuser ou non", conclut la SDJ, qui apporte son soutien à ses deux journalistes et demandent, tout comme la direction de France 24, des excuses de la part des deux attachées de presse citées.
Publiée avant le Festival de Cannes, cette tribune parue dans "Libération" et ses conséquences ne cessent de faire des remous. Dans le texte, un collectif baptisé "Zapper Bolloré" s'inquiétait de la mainmise de Vincent Bolloré sur le cinéma français, notamment via Canal+ dont il est l'actionnaire de référence. Pendant le Festival, le président de Canal+, Maxime Saada, avait annoncé que son groupe ne travaillerait plus avec les signataires. Il a cependant récemment nuancé ses propos, en niant toute "liste noire".

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