Pierre Péan : "Aujourd'hui, la liberté de presse prime sur la présomption d'innocence"

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Pierre Péan : "Aujourd'hui, la liberté de presse prime sur la présomption d'innocence"
Pierre Péan
Pierre Péan © Abaca
Pierre Péan, grande figure du journalisme d'enquête, dénonce que la publication par la presse d'écoutes téléphonique viole le secret de l'instruction.

C'est une figure respectée du journalisme qui s'interroge à haute voix sur la publiciation du contenu d'écoutes téléphoniques judiciaires dans les journaux. Ce week-end, Pierre Péan se montre très critique envers ses confrères lors d'une longue interview dans Le Figaro. Le journaliste, à qui l'on doit des révélations sur l'Affaire Elf, la "jeunesse Française" de François Mitterrand, la France-Afrique de Jacques Foccart, le Rwanda ou le Kosovo ainsi que des livres sévères sur Bernard Kouchner ou la chaîne TF1, dénonce certaines dérives des médias.

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"Ces affaires témoignent d'une évolution du métier qui existe depuis des années. Les principes qui guident la profession de journaliste semblent avoir profondément changé. (...) La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen avait mis la présomption d'innocence au 9ème article, la liberté de la presse, deux articles plus loin, à l'article 11. Aujourd'hui, la liberté de presse prime, dans les faits, sur la présomption d'innocence. Ces affaires témoignent du fait qu'on assiste de plus en plus à l'association de deux pouvoirs: le pouvoir judiciaire et le pouvoir médiatique. Cela n'est pas sain dans une démocratie d'avoir deux pouvoirs qui font alliance", déplore le journaliste qui se dit même profondément "dérangé" par les fuites des affaires dans presse.

Edwy Plenel dans le viseur

"Aujourd'hui, un certain journalisme se fonde sur la violation de la loi. Toutes les grandes affaires que vous évoquez sont basées sur la violation du secret de l'instruction. Le journaliste dit 'd'investigation' a des pouvoirs et des moyens exorbitants du droit commun. En publiant une écoute, c'est comme s'il avait la possibilité d'écouter, de perquisitionner. Cela pose le problème de la défense du justiciable. Les politiques ne sont pas des sous-citoyens, ils méritent une protection de leur intimité, comme tout le monde", lance-t-il en visant clairement la publication d'extraits des écoutes judiciaires de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Bettencourt par le site Médiapart.

Pierre Péan, qui avait dénoncé la gestion du journal Le Monde dans "La Face cachée du Monde" du temps d'Edwy Plenel, prend d'ailleurs un malin plaisir à citer le créateur de Médiapart. Dans l'interview, il lit quelques lignes extraites de "Les mots volés", un livre dans lequel Edwy Plenel revenait sur les écoutes illégales de l'Élysée entre 1983 et 1986, dont il a été l'une des victimes.

"Ce n'est pas ce que j'appelle de l'enquête"

Pierre Péan estime que la publication d'écoute "met en pâture" les personnes qui sont l'objet d'enquêtes judiciaires. "Si le jugement innocente la cible des journalistes, celle-ci n'aura droit qu'à quelques lignes dans les journaux. Et cette innocence judiciaire ne rééquilibrera pas la culpabilité installée dans l'opinion publique", déplore-t-il en reconnaissant que la responsabilité de ses fuites vient aussi des juges.

"Pour que les écoutes atterrissent sur le bureau d'un journaliste, il faut qu'il y ait une volonté des deux côtés. (...) Le point d'origine est forcément l'autorité judiciaire. Soit c'est l'autorité judiciaire qui estime dans sa stratégie d'instruction qu'il est utile que les écoutes soient connues publiquement, soit il s'agit d'un acte militant, destiné à nuire", rappelle-t-il en appelant cependant ses confrères à prendre du recul face à ses "fuites". "Attendre sur son bureau les PV des juges, ce n'est pas ce que j'appelle de l'enquête, mais de la simple gestion de fuites. Le journaliste devient un pion, rentrant dans les objectifs des uns et des autres, devenant l'outil de vengeances ou de stratégies judiciaires", conclut-il.

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